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françois bayrou - Page 3

  • Les conclaves du cardinal Bayrou

    « Cette œuvre de réconciliation à laquelle nous sommes appelés ne deviendra possible que si nous offrons une perspective à notre pays. Nos efforts doivent être tendus vers un but qui suppose la lucidité et le courage que je décrivais à l’instant : une nouvelle promesse française. » (François Bayrou, le 14 janvier 2025 dans l'hémicycle).



     

     
     


    Démarrage en fanfare pour le grand oral du Premier Ministre : « En vérité, contrairement à ce que beaucoup pensent, la situation de ce gouvernement présente un avantage considérable. Sur ces bancs, même parmi ceux qui sont violemment hostiles à ce que nous pensons ou à ce qu’ils croient que nous pensons, pas un ne trouve notre position enviable. Pas moins de 84% des Français jugent, paraît-il, que le gouvernement ne passera pas l’année. Il m’arrive même de me demander où les 16% restants puisent leur optimisme. Eh bien, au risque de vous surprendre, j’y vois un atout : quand tout va bien, on s’endort sur ses lauriers, mais quand tout paraît aller mal, on est contraint au courage. Le gouvernement dispose d’un deuxième atout décisif. C’est le besoin, l’exigence, l’injonction que le pays nous assigne : retrouver la stabilité. Tous les Français en ont besoin. Ils comprennent bien que nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais ils nous enjoignent de joindre nos forces pour forcer les issues. ».

    Ce mardi 14 janvier 2025 à 15 heures, François Bayrou est donc venu devant les députés prononcer sa déclaration de politique générale (on peut lire ou écouter cette déclaration ici). Un discours de quatre-vingt-dix minutes. Pour le leader centriste, cette journée a été à son image. Un fond très travaillé, une aisance dans ses fonctions et dans son environnement, l'Assemblée, malgré un peu de désordre (mélange des feuilles de son discours), et quelques pincées d'humour, plus de l'autodérision (« Les pages de mon discours sont un peu mélangées, parce que je suis un néophyte. Je suis donc bien obligé d’apprendre ce métier. ») que l'ironie pince-sans-rire et grinçante de son prédécesseur Michel Barnier.

    Comme dans toute déclaration de politique générale, il y a une forte densité de fond, sans pour autant devenir un catalogue à la Prévert de mesures gouvernementales. Au contraire, à la fin, on lui a reproché d'être resté trop vague. Mais justement ! Lui ne vient pas en service commandé du Président de la République. Il ne vient pas en bénéficiant d'une majorité absolue à l'Assemblée. Il ne se dresse pas devant les députés en conquérant, en imperator. Au contraire ! Il arrive sur un terrain miné, sans majorité et avec un risque très fort de censure (comme son prédécesseur). Alors, il est venu avec quelques idées claires, mais sans apporter les solutions toutes faites. Ce sera au Parlement de préciser les choses. Ceux-là même qui critiquent l'autoritarisme du Président Emmanuel Macron reprochent à François Bayrou son manque de dirigisme gouvernemental, allez comprendre !

    Car la méthode Bayrou, ce n'est pas d'apporter des solutions toutes faites, déjà packagées, avec l'ultimatum, à prendre ou à laisser. L'ultimatum, dans une Assemblée sans majorité, est voué à l'échec rapide. François Bayrou préfère la méthode de la négociation et de la concertation.


     

     
     


    On ne s'étonnera donc pas qu'il ait commencé sa déclaration par l'importance de la dette publique. C'était son leitmotiv depuis la campagne présidentielle de 2002. À l'époque, toute le monde s'en moquait, on empruntait, on payait, on faisait du clientélisme, on empruntait, on s'endettait. Lui, François Bayrou, était le petit caillou de la chaussure, le sparadrap du capitaine Haddock, la mauvaise conscience : pensez à nos enfants ! On ne peut pas vivre à crédit et endetter notre jeunesse. Il l'a répété cette après-midi : « Jamais nous n’avons fait l’effort de partager avec les Français cette évidence que la dette contractée par notre pays concerne leurs propres enfants, nos propres enfants, que la charge que nous leur laissons sera trop lourde pour être supportée. (…) La dette est injuste et elle est insupportable si elle met à la charge de nos enfants nos dépenses courantes. ».

    Ce problème supplante toutes ses préoccupations de chef du gouvernement : « Les sujets d’inquiétude sont innombrables, mais il en est un, criant, qui émerge avec force : le surendettement du pays. Nos compatriotes, surtout les plus fragiles, savent ce qu’est (…) le surendettement et quelles incertitudes et difficultés il suscite. Depuis la guerre, la France n’a jamais été aussi endettée qu’elle l’est aujourd’hui. J’affirme qu’aucune politique de ressaisissement et de refondation ne pourra être conduite sans tenir compte de ce surendettement et sans se fixer pour objectif de le contenir et de le réduire. Pourquoi cette situation nous oblige-t-elle tous, collectivement ? C’est parce que tous les courants politiques dits de gouvernement y ont eu part. Quand François Mitterrand a été élu, en 1981, la France était l’un des pays les moins endettés du monde : sa dette s’élevait à peine à plus de 20% de la production nationale. En 1995, ce rapport était de 52% ; l’endettement a donc progressé de plus de 30 points en quatorze ans. À la fin des années 1990, la santé économique de la France, sur tous les points, était nettement supérieure à celle de l’Allemagne. Son commerce extérieur était largement excédentaire et son endettement inférieur à celui de ses voisins. Puis en 2000, sous le gouvernement de Lionel Jospin, les courbes se sont brutalement infléchies et ont commencé une descente que rien ne paraît pouvoir arrêter. Entre 2007 et 2012, sous Nicolas Sarkozy, l’endettement s’est accéléré, augmentant de 25 points de produit intérieur. Entre 2012 et 2017… Il y en aura pour tout le monde, je vous le promets ! Entre 2012 et 2017, sous François Hollande, l’endettement a augmenté de 10 points. Enfin, depuis 2017, sous Emmanuel Macron, il a augmenté de 12 points. Je n’en fais pas un motif d’accusation, car j’en connais les raisons. Quand François Mitterrand a été élu, en 1981, c’était l’alternance : il fallait que les Français, comme on disait à l’époque, y trouvent leur compte. Pour Nicolas Sarkozy, c’est la crise des subprimes. Emmanuel Macron a fait face, coup sur coup, à une cascade de crises jamais vue et jamais imaginée. En voici la liste : à partir de 2018, les gilets jaunes, puis le covid-19, qui a mis le pays à l’arrêt, puis la guerre en Ukraine, qui a provoqué l’inflation et l’explosion du prix de l’énergie. J’affirme donc que tous les partis de gouvernement, sans exception, ont une responsabilité dans la situation créée ces dernières décennies. J’affirme également que tous les partis d’opposition, en demandant sans cesse à cette tribune des dépenses supplémentaires, ont dansé aussi le tango fatal qui nous a conduits au bord de ce précipice. Cette dette est une épée de Damoclès au-dessus de notre pays et de notre modèle social. ».

    Le Premier Ministre a ensuite expliqué que le contexte international était mauvais, les États-Unis évoluant mal comme d'autres grands blocs comme la Russie, l'Iran, bref : « Nous avons basculé dans un monde nouveau et dangereux : nous sommes passés de la force de la loi à la loi de la force. ».

    D'où la nécessité de l'Europe pour garder une influence dans le monde : « Pour que la France fasse vivre son trésor de civilisation et continue de le partager avec le monde entier, l’Europe doit devenir une communauté stratégique, une puissance politique et de défense à la dimension de la puissance économique qu’elle devrait être. Une seule condition est pour cela nécessaire : nous devons accepter de nous définir et de nous affirmer ensemble. La construction d’une communauté politique pour faire vivre cette communauté de civilisation est la question qui domine notre vie publique depuis 1945. À cette construction ont contribué, chacun à leur manière, le Général De Gaulle, Jean Monnet, Robert Schuman, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Delors et Emmanuel Macron. Tous ont partagé la conviction selon laquelle l’indépendance de la France tient à celle de l’Europe et réciproquement. La prospérité de la France dépend de celle de l’Europe qui est capable, si elle le veut, de devenir le premier marché de la planète, de parler technologie, industrie, agriculture, à égalité avec les États-Unis et la Chine. C’est la raison pour laquelle nous soutenons de toutes nos forces le rapport présenté récemment par Mario Draghi, dont nous tirons la conclusion que nous devons nous battre tous ensemble pour un investissement à la hauteur de nos besoins. ».

    François Bayrou a articulé son action dans trois parties : « Nous devons en effet faire face à trois échéances. D’abord, nous devons répondre à l’urgence : il faut nous ressaisir pour adopter sans tarder les deux budgets, de l’État et de la sécurité sociale. En effet, nous payons tous au prix fort la précarité budgétaire, qui affecte aussi bien les entreprises et les investisseurs que les familles, les contribuables ou les emprunteurs. Nous devons relever un deuxième défi, celui de rétablir les conditions de la stabilité, qui impose de se réconcilier, ce dont le pays a tant besoin, et ce que ses citoyens ne cessent de réclamer. Enfin, le troisième défi s’inscrit dans le long terme : notre pays doit refonder son action publique, ce qui exige que nous nous attaquions sans tarder à tous les problèmes qui sont devant nous, et non à certains à l’exclusion des autres. ». En d'autres termes, le budget, une rénovation démocratique et une réforme de l'État pour restructurer en profondeur les dépenses publiques.


    Ce plan pourrait oublier beaucoup d'éléments. En fait, non, mais il répond d'abord à ce contexte spécial d'un mi-janvier encore sans vote du budget qui est sa première priorité absolue. Sans vote du budget, l'incertitude économique et sociale régnera et la France perdra beaucoup de crédit et d'argent à cause des taux d'intérêt qui monteront.

    Il a développé la méthode Bayrou comme procédé de déblocage : « Au cœur de ce blocage, il y a notre incapacité à vivre le pluralisme, à être en désaccord sans constamment nous menacer du pire. Les réquisitoires et les invectives minent la confiance des citoyens. Il est temps de changer de logiciel démocratique, donc de méthode, pour se confronter mais aussi se respecter et trouver des voies de passage, sans abdiquer ce que l’on est. Le lieu de la diversité où ces différences se transforment en capacité d’action, c’est le Parlement. C’est précisément sur ces bancs que, grâce à l’expression des différences, nous parvenons à dégager une volonté, une stratégie et des plans d’action pour le pays. ».

    Énumérons maintenant un certain nombre de sujets qui seront inscrits dans ses feuilles de route ministérielles (François Bayrou a aussi justifié le choix de ses ministres, ce qui est rare pour une déclaration de politique générale).

     

     
     


    Celui qui est sur toutes les lèvres depuis un mois, c'est la réforme des retraites. D'abord, un constat : « Le déséquilibre du financement du système de retraites et la dette massive qu’il a creusée ne peuvent être ignorés ou éludés. (…) Notre système de retraite verse chaque année quelque 380 milliards d’euros de pensions. (…) Or les employeurs et les salariés privés et publics versent à peu près 325 milliards par an. (…) Faites le calcul, restent 55 milliards, versés par le budget des collectivités publiques, au premier chef le budget de l’État, à hauteur de quelque 40 ou 45 milliards. Or, ces 40 ou 45 milliards annuels, nous n’en avons pas le premier centime. Chaque année, cette somme, le pays l’emprunte. Autrement dit, il a choisi de mettre à la charge des générations qui viennent ou qui viendront une partie du montant des pensions que nous versons aux retraités actuels. Les retraites représentent 50% des plus de 1 000 milliards de dette supplémentaires accumulés par notre pays ces dix dernières années. ».

    Puis, la proposition, celle de la "remise en chantier" (pas le mot "suspension") et d'un conclave : « Ce problème social et moral, le gouvernement n’entend pas le laisser sans réponse. La réforme des retraites est vitale pour notre pays et notre modèle social : bien des gouvernements successifs s’y sont engagés, depuis Michel Rocard jusqu’aux efforts courageux du gouvernement d’Élisabeth Borne. Je note dans ce débat passionnel un progrès considérable : plus personne ne nie qu’il existe un lourd problème de financement de notre système de retraites. En même temps, nombre de participants à ces discussions, notamment les organisations du dialogue social et les organisations syndicales, ont affirmé qu’il existait des voies de progrès et qu’on pouvait obtenir le même résultat par une réforme plus juste. Je choisis donc de remettre ce sujet en chantier, avec les partenaires sociaux, pour un temps bref et dans des conditions transparentes, selon une méthode inédite et quelque peu radicale. (…) La loi de 2023 a prévu que l’âge légal de départ passerait à 63 ans fin 2026. Une fenêtre de tir s’ouvre donc. Je souhaite fixer une échéance à plus court terme : celle de notre automne, où sera discutée la prochaine loi de financement de la sécurité sociale. J’ai la conviction que nous pouvons rechercher une voie de réforme nouvelle, sans aucun totem ni tabou, pas même l’âge de la retraite, à condition qu’elle réponde à l’exigence fixée : nous ne pouvons pas laisser dégrader l’équilibre financier que nous cherchons et sur lequel presque tout le monde s’accorde. Ce serait une faute impardonnable contre notre pays. Plusieurs partenaires sociaux ont indiqué qu’ils avaient identifié des pistes pour que la réforme soit socialement plus juste et cependant équilibrée. Ces pistes méritent toutes d’être explorées. Toutes les questions doivent pouvoir être posées. Chacun des partenaires sociaux aura le droit de faire inscrire à l’ordre du jour de ces discussions et négociations les questions qui le préoccupent : rien n’est fermé. (…) Je proposerai aux représentants de chaque organisation de travailler autour de la même table, de s’installer dans les mêmes bureaux, ensemble, pendant trois mois, à dater du rapport de la Cour des Comptes. Si, au cours de ce conclave, c’est ce qu’on dit quand on ferme les portes, cette délégation trouve un accord d’équilibre et de meilleure justice, nous l’adopterons. Le Parlement en sera saisi lors du prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, ou avant, et si nécessaire, par une loi. Je souhaite que cet accord soit trouvé, mais si les partenaires ne s’accordaient pas, c’est la réforme actuelle qui continuerait à s’appliquer. ».


     

     
     


    Sur le budget 2025, François Bayrou a fixé ses objectifs : 5,4% du PIB de déficit public (au lieu de 5,0%) avec une croissance revue à la baisse de 0,9% (au lieu de 1,1%). Mais l'objectif final de 3% en 2029 reste inchangé. Toutefois, les réductions des dépenses publiques sont restées vagues dans cette déclaration : « Des économies importantes seront proposées. Pour la suite, c’est un puissant mouvement de réforme de l’action publique qu’il faut conduire. Il faudra trouver des méthodes d’organisation de l’État qui ne requerront pas d’augmentation de nos dépenses publiques. Il nous faut repenser tous nos budgets, non pas à partir du prolongement de ce qui se faisait l’année précédente, augmenté d’un pourcentage d’inflation, mais de ce qu’exige le service ou l’action à conduire. Ces budgets redéfinis et repensés, je demanderai à tous les ministres de les préparer dès le printemps. C’est un effort dont personne ne devra s’exclure, chacun à sa manière, dans l’exercice quotidien de ses missions. Cet exercice devra interroger notre organisation. (…) Les parlementaires seront pleinement associés à cet effort d’organisation et de rationalisation. C’est la fonction du Parlement, qui s’exprimera à son degré le plus éminent : contrôler et évaluer. Cet effort devra être prolongé et inventif. Il devra être soutenu dans le temps, parce que souvent, la réforme prend du temps et, au début, coûte cher. ».

    Dans le deuxième chantier, celui de la réconciliation, François Bayrou a souhaité redonner plus de pouvoir d'initiative au Parlement (il a cité le projet de loi sur la fin de vie). Pour revivifier la démocratie, il veut favoriser le pluralisme politique en créant une banque de la démocratie chargée de financer les partis politiques et les campagnes électorales : « Je suis partisan, quand je vois l’état de la démocratie américaine, que nous échappions à cette contrainte : la vie politique tenue par l’argent. ».

    Il a promu également la proportionnelle comme mode de scrutin aux élections législatives supposé garantir le pluralisme politique (ce auquel je suis très fermement opposé, j'y reviendrai) : « Il faut également que chacun puisse trouver sa place au sein de la représentation nationale, à proportion des votes qu’il a reçus. C’est la seule règle qui permettra à chacun d’être lui-même, authentiquement, et non prisonnier d’alliances insincères. Je propose que nous avancions concernant la réforme du mode de scrutin législatif. Chacun exprimera alors sa position : il y a une option à prendre sur ce principe, une discussion à avoir sur ses modalités. On voit bien quels sont les principaux choix. C’est mon opinion que ce mode de scrutin doit rester enraciné dans les territoires, qu’il ne doit pas créer plusieurs catégories de citoyens ayant des droits différents. Cette adoption du principe proportionnel pour la représentation du peuple dans nos assemblées nous obligera en outre probablement, comme l’a dit le Président du Sénat, à reposer la question de l’exercice simultané d’une responsabilité locale et nationale. ».

    Un petit commentaire sur ce projet de proportionnelle : les députés LR seront très opposés à ce mode de scrutin (et ils auront raison), mais il est possible qu'il existe une majorité favorable dans l'Assemblée actuelle. Toutefois, associer ce mode de scrutin (apprécié des sondés) au cumul des mandats (très impopulaire dans les sondages), c'est le meilleur moyen de faire échouer une telle réforme (ce qui ne serait pas pour me déplaire !!).


    Intégrée dans cette partie, la réforme de l'audiovisuel public amorcée par Rachida Dati, à savoir la création d'une holding qui chapeauterait France Télévisions et Radio France, sera poursuivie : « La réforme de l’audiovisuel public, bien commun des Français, devra être conduite à son terme. ».

    Dans le troisième volet, il y a la réforme de l'État. François Bayrou a proposé que les collectivités territoriales fassent un effort de 2,2 milliards d'euros (au lieu de 5) pour contribuer au redressement des finances publiques : « J’ai tout à fait confiance dans la capacité des élus à mener cet effort. ». Lui-même sait de quoi il parlait puisqu'il est (encore) maire de Pau.


    Friand de créativité et de nouvelles idées, François Bayrou a annoncé qu'il relirait les cahiers de doléances remis lors du grand débat des gilets jaunes, qu'on a négligés selon lui : « Il y a six ans, sur nos ronds-points, ils dénonçaient l’état de notre société, tel qu’ils le ressentaient : la division du pays entre ceux qui comptent et ceux qui ne comptent pas, ceux qui passent à la télévision et ceux qui regardent l’écran, ceux qui appartiennent aux milieux de pouvoir (…) et les autres qui se sentent oubliés, négligés.. ».

     

     
     


    François Bayrou a aussi évoqué le statut institutionnel de la Corse, de la Nouvelle-Calédonie, Mayotte, l'immigration et l'application des obligation de quitter le territoire français, les agriculteurs (« Aujourd’hui, on les accuse de nuire à la nature, et c’est une blessure profonde. Quand les inspecteurs de la biodiversité viennent inspecter les fossés ou les points d’eau avec une arme à la ceinture dans une ferme déjà mise à cran par la crise, c’est une humiliation ; c’est donc une faute. »), la transition écologique et l'adaptation au changement climatique, la culture, l'accès à la lecture autrement que sur des écrans, le sport, la solidarité pour les personnes en situation de handicap (« Je tiens à confirmer à l’Assemblée Nationale le remboursement intégral des fauteuils roulants dès 2025. »), le grand âge, la protection de l'enfance, le logement, etc.

    Le maire de Pau a fait une ode à l'esprit d'entreprise, en prenant la fable de la poule aux œufs d'or de La Fontaine : « Soutenir l’esprit d’entreprise, tel est le chantier suivant. Il existe chez nous un réflexe nuisible, déjà ancien : prendre pour cible, dans le débat, les entreprises, plus spécialement les entreprises françaises, et en particulier celles qui réussissent le mieux à l’exportation. Les entreprises que l’on dit multinationales sont en réalité celles qui, par leur savoir-faire, leur recherche, leur esprit de conquête, ont réussi à être sélectionnées pour la compétition mondiale. Elles font honneur à la France et contribuent à sa richesse. J’ai la conviction que, dans toutes les conditions fixées par la démocratie sociale, nous devons faciliter la tâche de nos entreprises. Elles doivent être prémunies contre des augmentations exponentielles d’impôts et de charges, sans quoi nous nous retrouverions dans la situation que décrit la fable de La Fontaine intitulée "La poule aux œufs d’or". Vous le savez, le propriétaire d’une poule qui pondait un œuf d’or chaque matin "crut que dans son corps elle avait un trésor. / Il la tua, l’ouvrit, et la trouva semblable / À celles dont les œufs ne lui rapportaient rien, / S’étant lui-même ôté le plus beau de son bien". L’entreprise produit les richesses et l’emploi, pour tout le pays, grâce à ses dirigeants, ses chercheurs, ses cadres, ses salariés ; mais si elle se voit surchargée de prélèvements et de normes, elle cesse de produire. Le trésor est dans l’activité, la créativité, la souplesse. ».

    Il a également longuement évoqué l'éducation, souhaitant en particulier que la sélection ne se fasse pas quand l'élève est trop jeune, prêt à revoir Parcoursup : « C’est pour moi le plus grand de nos échecs [les résultats médiocres de l'école], dont sont victimes en particulier les plus faibles. Car ceux qui sont issus des milieux qui n’ont pas les codes, ceux qui ne connaissent personne, comme on dit, et n’ont accès ni à l’influence, ni au pouvoir, se voient écartés sans recours, faute d’avoir les armes nécessaires pour affronter la traversée des formations supérieures. J’ajoute que l’obligation d’orientation précoce les perturbe et les met en danger. ». Puis est venue cette expression maladroite qui ne m'a pas paru très opportune : « Les enfants ne sont pas comme les poireaux : ils ne poussent pas tous à la même vitesse. ». Pour ajouter : « Vouloir sélectionner précocement, sans que l’esprit et les attentes aient mûri, est une erreur, ou en tout cas une faiblesse. Notre système scolaire et universitaire doit accepter, si ce n’est favoriser, les réorientations et les changements de formation. ».


    Ce sujet de l'éducation a été la seconde occasion pour louer l'action du Président de la République (la première occasion pour louer la parole haute de la France dans les relations internationales) : « Permettez-moi de rappeler l’intuition fondatrice que le Président de la République a présentée au pays en 2017 : combattre l’assignation de la naissance, du quartier, de la religion, de la consonance du nom, de l’accent, des difficultés nées de familles éclatées, de l’adolescence solitaire et offrir à tous ceux-là, tout au long de la vie, de nouvelles chances. ».
     

     
     


    François Bayrou a fait l'éloge du génie français dans la science et le développement : « Venons-en maintenant à la méthode que nous suivrons pour retrouver la production, l’innovation et l’industrie. On voudrait nous condamner au déclassement, alors que la Silicon Valley déroule ses tapis rouges à nos ingénieurs du numérique et de l’intelligence artificielle. Nous sommes, nous Français, des géants de la recherche informatique, algorithmique et automatique ; ne nous laissons pas devenir des nains de la nouvelle économie, qui sera précisément fondée sur le numérique. Il en est de même pour l’espace ou les énergies décarbonées. Le gouvernement est attaché à la trajectoire d’investissement dans la science définie par la loi de programmation de la recherche. Cette dernière se fait dans les universités et les laboratoires, mais aussi dans les entreprises. La stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, dont je ne sais si elle est intelligente ni si elle est artificielle, mais elle est un changement d’être pour notre humanité, doit entrer dans sa troisième phase. Cette stratégie ambitieuse pour la diffusion de l’intelligence artificielle dans l’industrie, l’action publique, la formation et la recherche, s’appuie sur un programme d’investissement dans les infrastructures. Le sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, qui se tiendra à Paris en février, traduira cette ambition. Dans ces domaines, il nous faut définir des politiques de filière, produit par produit, en partant des faiblesses et des manques de notre balance commerciale. Chaque filière réunira les grandes entreprises, les sous-traitants, l’État et les régions autour d’un enjeu de production. Les géants mondiaux présents sur notre sol et qui ont des racines en France, Dassault Systèmes, Safran, Total, Airbus, Saint-Gobain ou Danone, ont un potentiel de partage des capacités de mise au point et de soutien à des entreprises nouvelles, notamment pour les produits et les secteurs dont nous sommes absents. ».

    Autre thème très important, la santé et l'hôpital : « Il faut aussi retravailler sur l’enjeu clef de la démographie médicale, en impliquant notamment les élus territoriaux et en menant de front le travail sur la question, jusqu’ici irrésolue, de la formation des soignants. Je confirme que la santé mentale sera la grande cause nationale en 2025, comme l’avait décidé mon prédécesseur Michel Barnier, je l’ai soutenu et lui adresse mon amitié. Dans ce cadre, pour faire face à l’enjeu de la soutenabilité de l’hôpital, le gouvernement proposera une hausse notable de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), ce qui permettra d’améliorer les conditions de travail des soignants et de protéger les plus fragiles. À cette fin, la mesure de déremboursement de certains médicaments et consultations ne sera pas reprise. ».


    Comité interministériel de contrôle de l'immigration, comité interministériel des Outre-mer, comité interministériel du handicap, délégation permanente de la réforme des retraites, fonds spécial entièrement dédié à la réforme de l'État... autant de comités Théodule que le Premier Ministre veut créer ou réinstaurer, alors qu'il se demandait pourtant : « Est-il nécessaire que plus de 1 000 agences, organes ou opérateurs exercent l’action publique ? Nous connaissons le rôle précieux de plusieurs d’entre eux, comme France Travail, mais ces 1 000 agences ou organes, sans contrôle démocratique réel, constituent un labyrinthe dont un pays rigoureux et sérieux peut difficilement se satisfaire. Les parlementaires seront pleinement associés à cet effort d’organisation et de rationalisation. ».

    La conclusion de François Bayrou a fait la part belle à son lointain prédécesseur, investi par des députés très différents sous la Quatrième République, Pierre Mendès France, après avoir cité Marc Sangnier : « Nous n’allons pas vivre le grand soir. Mais, si nous parvenons à nous faire entendre de vous, élus de la nation, alors nous pourrons passer du découragement à un espoir ténu mais raisonnable. C’est ce projet que j’ai voulu présenter devant vous. Je connais tous les risques. Si nous nous trompons, nous corrigerons. Mais le risque, c’est la vie. Pierre Mendès France, la référence n’est pas choisie au hasard, aurait dit : "Il n’y a pas de politique sans risque, il n’y a que des politiques sans chance". Ce sont ces chances que nous voulons saisir. J’ai foi dans le peuple français et dans ses représentants. Je sais les ressources d’intelligence, de bravoure et de droiture de notre Nation lorsqu’elle choisit de surmonter l’épreuve. ».

     

     
     


    Dans sa longue réponse faite aux orateurs qui ont participé à la discussion générale dans l'hémicycle, François Bayrou a notamment confirmé qu'il était favorable à l'instauration d'une allocation sociale unique, comme l'a souhaité Laurent Wauquiez, mais sans y mettre un plafond qui serait profondément injuste pour certaines personnes.

    Une motion de censure, déposée par le groupe insoumis (Jean-Luc Mélenchon a assisté à la séance publique) sera examinée par l'Assemblée le jeudi 16 janvier 2025. En principe, les députés RN, quoique très remontés contre le gouvernement, ne devraient pas la voter. Les écologistes, eux, sont revenus à la niche mélenchoniste et voteront la censure. Et les socialistes s'interrogent encore.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Les conclaves du cardinal Bayrou.
    Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 14 janvier 2025 au Palais-Bourbon (vidéo et texte intégral).
    François Bayrou au jour J.
    Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
    François Bayrou et le Chemin.
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.


     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250114-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-conclaves-du-cardinal-bayrou-258647

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/14/article-sr-20250114-bayrou.html




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  • François Bayrou au jour J

    « Nous attendons un mot très simple : suspension. Cela suppose qu'à un moment, on arrête de tous s'enrhumer quand Gérard Larcher tousse ! » (Olivier Faure, le 12 janvier 2025 sur BFMTV).




     

     
     


    Jour J pour le Premier Ministre François Bayrou : dans quelques heures, il va prononcer sa déclaration de politique générale. Ce n'est pas fréquent, dans une carrière politique, d'être nommé à Matignon, et donc, ce discours d'intronisation (informel, nous sommes sous la Cinquième République) est, en quelque sorte, l'un des moments culminants dans cette existence politique, et c'est le cas pour le maire de Pau et président du MoDem. Il a dû passer une nuit blanche.

    La motion de censure déposée par le groupe FI et examinée le surlendemain, 16 janvier 2025, sera très probablement rejetée. Ni le RN ni probablement le PS, entre autres, ne souhaitent une censure à froid. En revanche, François Bayrou va devoir annoncer ce qui fixera sa destinée lors de la discussion budgétaire et de la probable nouvelle motion de censure pour son adoption.


    Pour l'instant, François Bayrou a intégré l'enseignement du gouvernement de Michel Barnier : ne jamais faire confiance au RN pour la survie de son gouvernement, car ce groupe n'est pas fiable. En revanche, trouver des ponts avec le PS pour éviter une censure (le PS n'a aucun intérêt à une crise du régime) lui permettrait de durer. Encore ce lundi 13 janvier 2025 à 18 heures 30, une délégation du PS était reçue à Matignon. Des négociations au dernier moment. Pas forcément positives (le secrétaire général du PS Pierre Jouvet a dit sur BFMTV qu'il n'y avait pas eu « d'avancée significative dans les négociations »).

     

     
     


    Ainsi, l'histoire ne se répétera pas. Peut-être qu'elle sera aussi écourtée que celle du gouvernement Barnier, mais ce ne sera pas pour la même raison, par la même méthode. Pendant longtemps, les caciques de LR avaient reproché à François Bayrou quelques points communs avec les socialistes. Ces derniers, en tout cas, considèrent qu'il y a une réelle négociation, une réelle écoute, en comparaison avec son prédécesseur direct. Peut-être que le soutien public, au second tour, à François Hollande en 2012 aura-t-elle sa justification a posteriori ? En tout cas, au contraire d'un Michel Barnier bien ancré à droite, François Bayrou est sincère lorsqu'il souhaite assurer un minimum de ponts avec le PS.

    Le problème du PS (ainsi que des écologistes et des communistes), c'est que pour se différencier des insoumis, il leur faut une justification à la non-censure pour ne pas être traités de traîtres. Sans trophée, inutile d'envisager le temps long ou même demi-long. François Bayrou l'a bien compris et il est bien ennuyé, car le seul trophée qui vaille, c'est la réforme emblématique des retraites de 2023.

    Depuis deux semaines, l'avenir de cette réforme se joue ainsi. Pas question d'abrogation, mais au moins une "suspension", de six mois. D'un point de vue juridique, une suspension est une catastrophe pour juriste : comment arrêter tout en assurant qu'on continue ? Et surtout, comment ne pas empêcher ceux qui bénéficient de cette réforme de ne pas être pénalisés ? Et cela sans nouvelle loi.


    Comme avec Michel Barnier (c'était mon titre à sa déclaration de politique générale, prononcé le 1er octobre 2024), il s'agit d'une véritable quadrature du cercle. Comment rassembler deux aimants qui se repoussent ?

     

     
     


    À ma gauche, Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, qui a réaffirmé sa position le dimanche 12 janvier 2025 sur BFMTV (lire en tête de l'article). Le sésame socialiste s'ouvrira avec le mot Suspension.

    Le problème, c'est qu'à ma droite, chez Les Républicains, le mot Suspension est synonyme de ligne rouge. Ainsi, dans "Le Parisien", le président du groupe LR à l'Assemblée Laurent Wauquiez a déclaré : « Suspendre la réforme sans scénario alternatif revient à sauter dans le vide sans parachute. Ce sera sans la droite républicaine ! ». Idem pour le Président du Sénat Gérard Larcher : « Le message st clair : ni suspension, ni abrogation ! ». Quant à la présidente LR du conseil régional d'Île-de-France Valérie Pécresse, elle a remis en cause, sur France Inter le 13 janvier 2025, la participation de LR au gouvernement en cas de suspension. Le principal concerné, le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, fervent partisan de la réforme de 2023, ne précise pas s'il partirait en cas de concession à suspension aux socialistes.

    Que me soit ici permis un petit commentaire acerbe envers les hiérarques de LR : ils ne manquent pas de culot alors qu'en 2023, ils s'étaient positionnés à l'Assemblée contre la réforme d'Élisabeth Borne. C'est justement parce que LR avait refusé de voter cette réforme que le gouvernement a dû brandir l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, puis, plus généralement, par absence de majorité absolue, que le Président Emmanuel Macron a fini par dissoudre l'Assemblée l'année suivante. Où étaient-ils en 2023 ? Seul Bruno Retailleau et Gérard Larcher ont été cohérents dans cette affaire puisqu'ils avaient soutenu la réforme au Sénat.

     

     
     


    Au-delà du devenir de la réforme des retraites (ce n'est pas gentil, une si longue hésitation, pour les personnes concernées qui doivent quand même pouvoir avoir une idée de leur futur proche), François Bayrou devra aussi faire des réductions budgétaires, 50 milliards d'euros, peut-être plus si des concessions ont été données pour la suspension ? Et cela dans un contexte où son Ministre de la Justice réclame une augmentation drastique de son budget pour lutter plus efficacement contre les narco-trafiquants.

    François Bayrou a néanmoins une certitude : c'est qu'en tout état de cause, LR ne voterait pas de motion de censure contre son gouvernement. Mais ce n'empêche que si les ministres LR devaient le quitter, et sachant qu'il est hors de question d'intégrer des ministres du PS (le PS souhaite rester dans l'opposition ; ce qui se négocie, c'est juste la non-censure), cela réduirait énormément sa base gouvernementale.


     

     
     


    C'est là qu'on attend la grande richesse de la fabrique de consensus de François Bayrou. Et elle semble se reposer sur un mot, le mot suspension. Alors, j'ai regardé les synonymes que Larousse proposait pour Suspension : abolition, accalmie, arrêt, cessation, fermeture, trêve, interruption, fin. Il y a parmi ces mots proposés des mots à collerette rouge à exclure à tout prix, comme abolition, arrêt, cessation, fermeture, fin. On pourrait garder "accalmie", accalmie dans la vie politique française. Ou encore "trêve". Ce ne sera plus la trêve des confiseurs, mais la trêve de la galette, la trêve des rois. Bref, la paix des braves ! (Mais ce n'est pas gagné).


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (13 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    François Bayrou au jour J.
    Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
    François Bayrou et le Chemin.
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.


     

     
     



    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250113-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-au-jour-j-258628

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/13/article-sr-20250113-bayrou.html





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  • François Bayrou et le Chemin

    « Il n'y aura pas une minute où je ne serai pas à votre disposition, à votre service. » (François Bayrou à ses ministres, le 3 janvier 2025).



     

     
     


    Rentrée... ou plutôt, entrée du gouvernement Bayrou ce vendredi 3 janvier 2024 : le nouveau Premier Ministre François Bayrou a réuni ce matin son gouvernement au cours d'un petit-déjeuner Place Beauvau, au Ministère de l'Intérieur, puis ils ont marché jusqu'à l'Élysée pour participer au premier conseil des ministres présidé par le Président Emmanuel Macron. Au cours du petit-déjeuner commun, le Premier Ministre a déclaré à ses ministres : « Ma responsabilité, c'est que cette équipe soit unie et courageuse. (…) Si nous sommes unis, nous pourrons déplacer un certain nombre d'obstacles devant nous. ». Pour expliquer : « Il existe un chemin pour sortir de la période d'instabilité. ». Comme dirait André Gide, la porte est étroite !

    Dans l'action politique, il y a toujours une part de communication politique. Les élèves ingénieurs qui sont formés aux métiers les plus technologiques le savent : 50% de leur temps de travail sera réservé à la communication. Le savoir-faire ne sert à rien sans faire-savoir. Pour la politique, c'est plus proche de 80% ! Alors, quand on commence comme François Bayrou à l'aube des fêtes de fin d'année, il y a une part d'images autant que d'actes pour commencer les premières impressions.


    Lorsqu'il s'est installé à Matignon en mars 1993, Édouard Balladur avait annoncé qu'il quitterait son bureau à 19 heures comme beaucoup de cadres en France. Et pas minuit, 1 heure du matin. Il avait beau avoir déjà 63 ans et demi, il était un peu trop ambitieux dans sa sobriété gouvernementale. Car s'il y a un poste qui n'est pas pour fainéant, c'est bien celui de Premier Ministre : c'est sans doute la fonction la plus dense de France, de toutes les fonctions privées et publiques réunies. N'oublions pas Pierre Bérégovoy (si le suicide est avéré), la fonction de Premier Ministre peut entraîner un burn-out. Période de vie relativement courte et ultra-intense.

     

     
     


    Le Premier Ministre doit s'occuper de mille choses à la minute, il doit faire des arbitrages, il doit gérer le quotidien, les urgences, et il doit voir l'avenir, anticiper les évolutions, esquisser une véritable vision politique. Tout en faisant de l'ultrapolitique bien sûr (éviter les pièges de ses amis politiques et les traquenards de ses adversaires les plus redoutables). Ce qui était valable en période dite normale est encore plus vraie quand le gouvernement peut se faire dégommer d'un coup de censure au détour d'une motion, et ce ne sont pas de vains mots puisque Michel Barnier l'a amèrement expérimenté.

    François Bayrou a dix ans de plus qu'Édouard Balladur, mais il paraît encore quadragénaire comparativement à son lointain prédécesseur. Il est indéniable qu'il est à l'aise avec la fonction de Premier Ministre alors que c'était pourtant la Présidence de la République qu'il reluquait depuis des décennies. Comme s'il était dans les murs depuis longtemps, comme s'il s'agissait d'un job planifié depuis des années. Face à l'Himalaya, comme il le qualifie, des sujets, François Bayrou affiche une incroyable sérénité, une confiance en lui qui n'est pourtant pas une arrogance, ou alors, c'est une arrogance bienveillante ! Il est maintenant aux responsabilités et il a maintenant tout l'envergure politique pour prouver ce qu'il prônait depuis une vingtaine d'années : la bienveillance politique, le compromis entre des avis divergents, à l'image d'un roi Henri IV pas forcément bien compris des Français, déplaceraient des montagnes. C'est à voir.

    Les premiers pas de François Bayrou étaient pourtant chaotiques. La catastrophe climatique de Mayotte est survenue quelques heures après sa nomination. Pas de chance (surtout pour les Mahorais) ! Difficile de faire passer l'idée qu'il était préoccupé du sort des Mahorais tout en donnant un gouvernement à la France. À l'évidence, sa volonté de ne pas annuler ou reporter son conseil municipal de Pau un soir de conseil interministériel de crise sur Mayotte (qui en avait deux par jour) a été une erreur politique. Une erreur de communication politique à court terme, seulement : de communication, car la réalité des secours n'a pas été impactée par une visioconférence à la place d'une présence à une réunion ; à court terme car François Bayrou a eu raison de rappeler qu'il est encore maire de Pau et les Français savent bien que les maires ont les pieds sur terre, s'occupent parfois de sujets très basiques et sentent le pouls de la population par le retour direct des habitants, souvent mécontents mais pas seulement.


     

     
     


    À cela, il s'est enfoncé avec deux erreurs : l'une de vouloir remettre le thème du cumul des mandats dans l'actualité alors qu'il y a beaucoup plus urgent, et l'autre d'avoir laissé croire à deux reprises, notamment dans une réponse à une question à l'Assemblée, que le département de Mayotte ne serait pas sur le « territoire national ». C'est une boulette, évidemment, mais elle n'influe pas sur les secours non plus. L'erreur est humaine et j'aimerais voir tous ceux qui le critiquent à sa place ici et maintenant et savoir ce qu'ils ont fait pour les Mahorais à part (au mieux) leur donner quelques malheureuses dizaines d'euros.

    Tant que son gouvernement n'était pas formé, François Bayrou n'était pas très à l'aise, et le temps du rodage politique laissait à désirer. Mais il s'est vite rattrapé. D'abord, dans ses (rares) interventions dans les médias, en particulier sur BFMTV le 23 décembre 2024, il a su expliquer son cœur d'action, sa volonté de travailler pour l'intérêt général. Son art du compromis est sa valeur ajoutée, il est sans doute plus crédible que celui de Michel Barnier pourtant très crédible dans ce domaine, mais peut-être pas dans le milieu glauque d'un hémicycle rempli de crocodiles (rouges verts et bruns). Ensuite, il s'est aussi rattrapé dans ses premières actions.

    Son premier voyage, hors Pau, a été bien sûr pour Mayotte le lundi 30 décembre 2024. Il y est venu accompagné de cinq ministres dont Élisabeth Borne (Éducation nationale) et Manuel Valls (Outre-mer). On l'a vu sans veste (mais avec une cravate, ce que ne portait pas Emmanuel Macron car c'est l'usage de ne pas en porter), en bras de chemise, "au travail" donc, assez dynamique, prenant les problèmes en pleine figure.


     

     
     


    Il a fait sa conférence de presse l'après-midi au milieu des élus du département, de manière pratique et efficace. Il a évoqué le dépôt d'un projet de loi qui passerait dès le conseil des ministres du 8 janvier 2025 (il avait d'abord parlé de la date du 3 janvier mais c'était trop tôt pour avoir un texte achevé), ce texte aurait pour but, comme ce fut le cas pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris et l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, d'accélérer les procédures administratives dans la cadre de la reconstruction de Mayotte.

    On lui a reproché deux déclarations à Mayotte. L'une sur l'objectif de deux ans très audacieux pour tout reconstruire. Un commentaire personnel ici. Il y a 320 000 habitants à Mayotte, c'est-à-dire un peu moins que l'équivalent de la population d'une agglomération comme Nancy, ce n'est pas un territoire de 10 millions d'habitants : les aides devraient donc s'évaluer de l'ordre de la centaine de millions d'euros et pas du milliard d'euros. On devrait pouvoir trouver assez rapidement cet argent.


    L'autre est plus incertaine : François Bayrou a parlé des rumeurs faisant état de milliers de morts dans la catastrophe de Mayotte. Ce n'étaient pas des rumeurs, mais une supposition ouverte du préfet lui-même. Le bilan humain, qui était officiellement de 39 morts (et des milliers de blessés) au moment de sa visite, est pourtant anormalement bas et on pense que les services de l'État ne sont pas encore allés dans les bidonvilles dévastés par la boue où de milliers d'immigrés clandestins (et donc non recensés) auraient pu périr dans des habitations qui ne les protégeaient pas. François Bayrou, lui, est convaincu que le nombre de victimes se chiffrera "seulement" en dizaines voire en centaines de personnes, mais pas en milliers. Je ne sais pas s'il a des informations précises à ce sujet très sensible pour les Mahorais, on le devine bien, mais il apparaît avec une très grande assurance dans ce chiffrage "bas". De toute façon, une enquête spéciale a été ouverte pour connaître le nombre exact de victimes, ce qui devrait tout de même donner à la fin de quoi avoir une idée précise et proche de la réalité de ce bilan humain.
     

     
     


    Le Premier Ministre a eu raison de rappeler que le maintien des bidonvilles qui auraient dû être détruits il y a quelques années a été un facteur de mort dans cette catastrophe et que ceux qui croyaient défendre les personnes en situation irrégulière les ont précipités dans la tombe (il n'a pas dit exactement cela mais la responsabilité de ces activistes qui ont fait échouer l'Opération Wuambushu du 24 avril 2023 est gigantesque).

    C'est justement parce que François Bayrou est un partisan du droit du sol (qui fait partie du socle des valeurs républicaines en France) qu'il souhaite créer une exception à Mayotte (qui est aussi la France) où les maternités sont surchargées en raison de ce même droit du sol. Il faut être pragmatique et la situation créée par le droit du sol à Mayotte n'est humainement pas tenable. Mais cet aspect des choses ne doit pas être abordé avant la fin des secours et le retour à la normale pour l'eau courante, l'alimentation, l'électricité, les réseaux téléphoniques. Mélanger ces sujets apporte plus de confusion qu'autre chose. D'abord sauver les vies, ensuite réguler l'immigration. Priorité des démocrates chrétiens.
     

     
     


    Il faut aussi noter que le gouvernement travaille. Manuel Valls, par exemple, a passé toute cette semaine à Mayotte et est rentré à Paris ce vendredi matin pour le conseil des ministres. On l'aime ou on le déteste, on ironise sur son arrivisme ou sur ses hésitations géographiques voire nationales, mais il ne faut pas oublier qu'il fait partie de la gauche, l'authentique gauche républicaine, celle qui, à l'instar de Jaurès et de Léon Blum, se réclame des valeurs républicaines et lutte contre les communautarismes et contre les extrémismes, et il l'a prouvé il y a juste dix ans avec la série des attentats islamiques (discours du 13 janvier 2015 et discours du 9 janvier 2016).

    On peut aussi parler de Jean-Noël Barrot qui a été absent du premier conseil des ministres parce qu'il a rencontré le chef des rebelles qui ont pris le pouvoir à Damas. Il a porté la voix de la France et aussi la voix de l'Europe avec son homologue allemande Annalena Baerbock.

    La deuxième image s'est observée ce vendredi 3 janvier 2025 dans la matinée. Le premier conseil des ministres à l'Élysée était prévu à 10 heures, mais François Bayrou a voulu réunir son équipe gouvernementale pour un petit-déjeuner dans les environs. Quoi de mieux que de choisir le Ministère de l'Intérieur, Place Beauvau, à quelques centaines de mètres de l'Élysée ? De plus, François Bayrou a ainsi honoré le locataire des lieux, Bruno Retailleau.


     

     
     


    Tous les ministres, avec François Bayrou, se sont donc rendus ensemble à pied à l'Élysée devant les journalistes. Cette image avait un message triple : d'une part, l'équipe gouvernementale est unie, et François Bayrou y est très sensible ; d'autre part, elle est dynamique, arrivant à pied, à pas rapides, prête à agir (ce n'est qu'une image, mais pour un chef de gouvernement septuagénaire, elle a son importance) ; enfin, elle montre aussi une sobriété énergétique, avec le déplacement à pied, ce qui est bien sûr fausse, puisque les voitures de fonction se sont garées Place Beauvau et ont recherché leurs ministres dans la cour de l'Élysée.

    On sait bien que les images ne sont pas des réalités, et il faut rappeler des précédents, comme Christiane Taubira, Ministre de la Justice, arrivant à l'Élysée pour les conseils des ministres à vélo, partie de la Place Vendôme (c'est tout près) et ses conseillers venaient en voiture avec ses dossiers et sac à main ! Ou encore François Hollande allant à Bruxelles en TVG mais ses conseillers le suivaient en avion ou en voiture. En politique, comme je l'ai dit, beaucoup est image et communication politique, mais on ne peut pas dire qu'arriver à pied est du vent et en même temps, critiquer François Bayrou pour sa boulette de Pau, regretter qu'il ne soit pas allé immédiatement à Mayotte sans rien dans ses bagages, sans apporter de quoi aider les Mahorais, ce qui aurait été aussi du vent et de la seule communication politique.

    On retiendra surtout le premier message de cette image de marche du Ministère de l'Intérieur à l'Élysée : celui de l'unité du gouvernement, ce qui avait furieusement manqué à Michel Barnier. Avec un gouvernement de têtes politiques connues des Français, qui est très différent de celui de Michel Barnier, François Bayrou a voulu faire participer les forces vives de sa majorité, même si Édouard Philippe, Gabriel Attal et Laurent Wauquiez (qui ne voulait que l'Économie et les Finances, portefeuille qu'on ne lui a pas proposé) demeurent absents de l'équipe de France. Il reste que c'est le premier gouvernement de la Cinquième République qui a intégré deux anciens Premiers Ministres.
     

     
     


    Ce qui est important sur le fond, c'est le dépôt d'un projet d'urgence pour Mayotte le 8 janvier 2025, c'est une loi qui sera votée probablement avant le budget 2025 et elle devra être votée par une large majorité des parlementaires, ce qui augure bien la fonction première de François Bayrou : trouver des compromis pour faire avancer la France avec une telle Assemblée éclatée. Il ne faut pas oublier que le Ministre de l'Économie et des Finances Éric Lombard était justement une proposition de Premier Ministre du premier secrétaire du PS Olivier Faure après le renversement de Michel Barnier.

     

     
     


    Bien sûr, le plus dur n'est pas encore passé pour François Bayrou : la déclaration de politique générale du 14 janvier 2025 préfigurera sa propre existence politique, et la motion de censure déposée par les insoumis et examinée probablement le 16 janvier 2025 pourrait signer son acte de décès prématuré. Je lui souhaite bien du plaisir. Avec émotion.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    François Bayrou et le Chemin.
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250103-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-et-le-chemin-258424

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/03/article-sr-20250103-bayrou.html



     

  • François Bayrou au travail !

    « Il n'y aura pas une minute où je ne serai pas à votre disposition, à votre service. » (François Bayrou à ses ministres, le 3 janvier 2025).



     

     
     


    Rentrée... ou plutôt, entrée du gouvernement Bayrou ce vendredi 3 janvier 2024 : le nouveau Premier Ministre François Bayrou a réuni ce matin son gouvernement au cours d'un petit-déjeuner Place Beauvau, au Ministère de l'Intérieur, puis ils ont marché jusqu'à l'Élysée pour participer au premier conseil des ministres présidé par le Président Emmanuel Macron. Au cours du petit-déjeuner commun, le Premier Ministre a déclaré à ses ministres : « Ma responsabilité, c'est que cette équipe soit unie et courageuse. (…) Si nous sommes unis, nous pourrons déplacer un certain nombre d'obstacles devant nous. ». Pour expliquer : « Il existe un chemin pour sortir de la période d'instabilité. ». Comme dirait André Gide, la porte est étroite !

    Dans l'action politique, il y a toujours une part de communication politique. Les élèves ingénieurs qui sont formés aux métiers les plus technologiques le savent : 50% de leur temps de travail sera réservé à la communication. Le savoir-faire ne sert à rien sans faire-savoir. Pour la politique, c'est plus proche de 80% ! Alors, quand on commence comme François Bayrou à l'aube des fêtes de fin d'année, il y a une part d'images autant que d'actes pour commencer les premières impressions.


    Lorsqu'il s'est installé à Matignon en mars 1993, Édouard Balladur avait annoncé qu'il quitterait son bureau à 19 heures comme beaucoup de cadres en France. Et pas minuit, 1 heure du matin. Il avait beau avoir déjà 63 ans et demi, il était un peu trop ambitieux dans sa sobriété gouvernementale. Car s'il y a un poste qui n'est pas pour fainéant, c'est bien celui de Premier Ministre : c'est sans doute la fonction la plus dense de France, de toutes les fonctions privées et publiques réunies. N'oublions pas Pierre Bérégovoy (si le suicide est avéré), la fonction de Premier Ministre peut entraîner un burn-out. Période de vie relativement courte et ultra-intense.
     

     
     


    Le Premier Ministre doit s'occuper de mille choses à la minute, il doit faire des arbitrages, il doit gérer le quotidien, les urgences, et il doit voir l'avenir, anticiper les évolutions, esquisser une véritable vision politique. Tout en faisant de l'ultrapolitique bien sûr (éviter les pièges de ses amis politiques et les traquenards de ses adversaires les plus redoutables). Ce qui était valable en période dite normale est encore plus vraie quand le gouvernement peut se faire dégommer d'un coup de censure au détour d'une motion, et ce ne sont pas de vains mots puisque Michel Barnier l'a amèrement expérimenté.

    François Bayrou a dix ans de plus qu'Édouard Balladur, mais il paraît encore quadragénaire comparativement à son lointain prédécesseur. Il est indéniable qu'il est à l'aise avec la fonction de Premier Ministre alors que c'était pourtant la Présidence de la République qu'il reluquait depuis des décennies. Comme s'il était dans les murs depuis longtemps, comme s'il s'agissait d'un job planifié depuis des années. Face à l'Himalaya, comme il le qualifie, des sujets, François Bayrou affiche une incroyable sérénité, une confiance en lui qui n'est pourtant pas une arrogance, ou alors, c'est une arrogance bienveillante ! Il est maintenant aux responsabilités et il a maintenant tout l'envergure politique pour prouver ce qu'il prônait depuis une vingtaine d'années : la bienveillance politique, le compromis entre des avis divergents, à l'image d'un roi Henri IV pas forcément bien compris des Français, déplaceraient des montagnes. C'est à voir.

    Les premiers pas de François Bayrou étaient pourtant chaotiques. La catastrophe climatique de Mayotte est survenue quelques heures après sa nomination. Pas de chance (surtout pour les Mahorais) ! Difficile de faire passer l'idée qu'il était préoccupé du sort des Mahorais tout en donnant un gouvernement à la France. À l'évidence, sa volonté de ne pas annuler ou reporter son conseil municipal de Pau un soir de conseil interministériel de crise sur Mayotte (qui en avait deux par jour) a été une erreur politique. Une erreur de communication politique à court terme, seulement : de communication, car la réalité des secours n'a pas été impactée par une visioconférence à la place d'une présence à une réunion ; à court terme car François Bayrou a eu raison de rappeler qu'il est encore maire de Pau et les Français savent bien que les maires ont les pieds sur terre, s'occupent parfois de sujets très basiques et sentent le pouls de la population par le retour direct des habitants, souvent mécontents mais pas seulement.


     

     
     


    À cela, il s'est enfoncé avec deux erreurs : l'une de vouloir remettre le thème du cumul des mandats dans l'actualité alors qu'il y a beaucoup plus urgent, et l'autre d'avoir laissé croire à deux reprises, notamment dans une réponse à une question à l'Assemblée, que le département de Mayotte ne serait pas sur le « territoire national ». C'est une boulette, évidemment, mais elle n'influe pas sur les secours non plus. L'erreur est humaine et j'aimerais voir tous ceux qui le critiquent à sa place ici et maintenant et savoir ce qu'ils ont fait pour les Mahorais à part (au mieux) leur donner quelques malheureuses dizaines d'euros.

    Tant que son gouvernement n'était pas formé, François Bayrou n'était pas très à l'aise, et le temps du rodage politique laissait à désirer. Mais il s'est vite rattrapé. D'abord, dans ses (rares) interventions dans les médias, en particulier sur BFMTV le 23 décembre 2024, il a su expliquer son cœur d'action, sa volonté de travailler pour l'intérêt général. Son art du compromis est sa valeur ajoutée, il est sans doute plus crédible que celui de Michel Barnier pourtant très crédible dans ce domaine, mais peut-être pas dans le milieu glauque d'un hémicycle rempli de crocodiles (rouges verts et bruns). Ensuite, il s'est aussi rattrapé dans ses premières actions.

    Son premier voyage, hors Pau, a été bien sûr pour Mayotte le lundi 30 décembre 2024. Il y est venu accompagné de cinq ministres dont Élisabeth Borne (Éducation nationale) et Manuel Valls (Outre-mer). On l'a vu sans veste (mais avec une cravate, ce que ne portait pas Emmanuel Macron car c'est l'usage de ne pas en porter), en bras de chemise, "au travail" donc, assez dynamique, prenant les problèmes en pleine figure.

     

     
     


    Il a fait sa conférence de presse l'après-midi au milieu des élus du département, de manière pratique et efficace. Il a évoqué le dépôt d'un projet de loi qui passerait dès le conseil des ministres du 8 janvier 2025 (il avait d'abord parlé de la date du 3 janvier mais c'était trop tôt pour avoir un texte achevé), ce texte aurait pour but, comme ce fut le cas pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris et l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, d'accélérer les procédures administratives dans la cadre de la reconstruction de Mayotte.

    On lui a reproché deux déclarations à Mayotte. L'une sur l'objectif de deux ans très audacieux pour tout reconstruire. Un commentaire personnel ici. Il y a 320 000 habitants à Mayotte, c'est-à-dire un peu moins que l'équivalent de la population d'une agglomération comme Nancy, ce n'est pas un territoire de 10 millions d'habitants : les aides devraient donc s'évaluer de l'ordre de la centaine de millions d'euros et pas du milliard d'euros. On devrait pouvoir trouver assez rapidement cet argent.


    L'autre est plus incertaine : François Bayrou a parlé des rumeurs faisant état de milliers de morts dans la catastrophe de Mayotte. Ce n'étaient pas des rumeurs, mais une supposition ouverte du préfet lui-même. Le bilan humain, qui était officiellement de 39 morts (et des milliers de blessés) au moment de sa visite, est pourtant anormalement bas et on pense que les services de l'État ne sont pas encore allés dans les bidonvilles dévastés par la boue où de milliers d'immigrés clandestins (et donc non recensés) auraient pu périr dans des habitations qui ne les protégeaient pas. François Bayrou, lui, est convaincu que le nombre de victimes se chiffrera "seulement" en dizaines voire en centaines de personnes, mais pas en milliers. Je ne sais pas s'il a des informations précises à ce sujet très sensible pour les Mahorais, on le devine bien, mais il apparaît avec une très grande assurance dans ce chiffrage "bas". De toute façon, une enquête spéciale a été ouverte pour connaître le nombre exact de victimes, ce qui devrait tout de même donner à la fin de quoi avoir une idée précise et proche de la réalité de ce bilan humain.

     
     


    Le Premier Ministre a eu raison de rappeler que le maintien des bidonvilles qui auraient dû être détruits il y a quelques années a été un facteur de mort dans cette catastrophe et que ceux qui croyaient défendre les personnes en situation irrégulière les ont précipités dans la tombe (il n'a pas dit exactement cela mais la responsabilité de ces activistes qui ont fait échouer l'Opération Wuambushu du 24 avril 2023 est gigantesque).

    C'est justement parce que François Bayrou est un partisan du droit du sol (qui fait partie du socle des valeurs républicaines en France) qu'il souhaite créer une exception à Mayotte (qui est aussi la France) où les maternités sont surchargées en raison de ce même droit du sol. Il faut être pragmatique et la situation créée par le droit du sol à Mayotte n'est humainement pas tenable. Mais cet aspect des choses ne doit pas être abordé avant la fin des secours et le retour à la normale pour l'eau courante, l'alimentation, l'électricité, les réseaux téléphoniques. Mélanger ces sujets apporte plus de confusion qu'autre chose. D'abord sauver les vies, ensuite réguler l'immigration. Priorité des démocrates chrétiens.
     

     
     


    Il faut aussi noter que le gouvernement travaille. Manuel Valls, par exemple, a passé toute cette semaine à Mayotte et est rentré à Paris ce vendredi matin pour le conseil des ministres. On l'aime ou on le déteste, on ironise sur son arrivisme ou sur ses hésitations géographiques voire nationales, mais il ne faut pas oublier qu'il fait partie de la gauche, l'authentique gauche républicaine, celle qui, à l'instar de Jaurès et de Léon Blum, se réclame des valeurs républicaines et lutte contre les communautarismes et contre les extrémismes, et il l'a prouvé il y a juste dix ans avec la série des attentats islamiques (discours du 13 janvier 2015 et discours du 9 janvier 2016).

    On peut aussi parler de Jean-Noël Barrot qui a été absent du premier conseil des ministres parce qu'il a rencontré le chef des rebelles qui ont pris le pouvoir à Damas. Il a porté la voix de la France et aussi la voix de l'Europe avec son homologue allemande Annalena Baerbock.

    La deuxième image s'est observée ce vendredi 3 janvier 2025 dans la matinée. Le premier conseil des ministres à l'Élysée était prévu à 10 heures, mais François Bayrou a voulu réunir son équipe gouvernementale pour un petit-déjeuner dans les environs. Quoi de mieux que de choisir le Ministère de l'Intérieur, Place Beauvau, à quelques centaines de mètres de l'Élysée ? De plus, François Bayrou a ainsi honoré le locataire des lieux, Bruno Retailleau.


     

     
     


    Tous les ministres, avec François Bayrou, se sont donc rendus ensemble à pied à l'Élysée devant les journalistes. Cette image avait un message triple : d'une part, l'équipe gouvernementale est unie, et François Bayrou y est très sensible ; d'autre part, elle est dynamique, arrivant à pied, à pas rapides, prête à agir (ce n'est qu'une image, mais pour un chef de gouvernement septuagénaire, elle a son importance) ; enfin, elle montre aussi une sobriété énergétique, avec le déplacement à pied, ce qui est bien sûr fausse, puisque les voitures de fonction se sont garées Place Beauvau et ont recherché leurs ministres dans la cour de l'Élysée.

    On sait bien que les images ne sont pas des réalités, et il faut rappeler des précédents, comme Christiane Taubira, Ministre de la Justice, arrivant à l'Élysée pour les conseils des ministres à vélo, partie de la Place Vendôme (c'est tout près) et ses conseillers venaient en voiture avec ses dossiers et sac à main ! Ou encore François Hollande allant à Bruxelles en TVG mais ses conseillers le suivaient en avion ou en voiture. En politique, comme je l'ai dit, beaucoup est image et communication politique, mais on ne peut pas dire qu'arriver à pied est du vent et en même temps, critiquer François Bayrou pour sa boulette de Pau, regretter qu'il ne soit pas allé immédiatement à Mayotte sans rien dans ses bagages, sans apporter de quoi aider les Mahorais, ce qui aurait été aussi du vent et de la seule communication politique.

    On retiendra surtout le premier message de cette image de marche du Ministère de l'Intérieur à l'Élysée : celui de l'unité du gouvernement, ce qui avait furieusement manqué à Michel Barnier. Avec un gouvernement de têtes politiques connues des Français, qui est très différent de celui de Michel Barnier, François Bayrou a voulu faire participer les forces vives de sa majorité, même si Édouard Philippe, Gabriel Attal et Laurent Wauquiez (qui ne voulait que l'Économie et les Finances, portefeuille qu'on ne lui a pas proposé) demeurent absents de l'équipe de France. Il reste que c'est le premier gouvernement de la Cinquième République qui a intégré deux anciens Premiers Ministres.
     

     
     


    Ce qui est important sur le fond, c'est le dépôt d'un projet d'urgence pour Mayotte le 8 janvier 2025, c'est une loi qui sera votée probablement avant le budget 2025 et elle devra être votée par une large majorité des parlementaires, ce qui augure bien la fonction première de François Bayrou : trouver des compromis pour faire avancer la France avec une telle Assemblée éclatée. Il ne faut pas oublier que le Ministre de l'Économie et des Finances Éric Lombard était justement une proposition de Premier Ministre du premier secrétaire du PS Olivier Faure après le renversement de Michel Barnier.

     

     
     


    Bien sûr, le plus dur n'est pas encore passé pour François Bayrou : la déclaration de politique générale du 14 janvier 2025 préfigurera sa propre existence politique, et la motion de censure déposée par les insoumis et examinée probablement le 16 janvier 2025 pourrait signer son acte de décès prématuré. Je lui souhaite bien du plaisir. Avec émotion.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2025)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    François Bayrou et le Chemin.
    Vœux 2025 d'Emmanuel Macron : aux Français de trancher ?
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 décembre 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).
    François Bayrou au travail !
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241230-bayrou.html



    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/31/article-sr-20241230-bayrou.html





     

  • Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?

    « Il n'y a aucune sorte de conflit, de compétition (…). L'idée qu'il faille nécessairement créer un affrontement entre le Président de la République et le Premier Ministre, idée très répandue (…), cette idée-là n'est pas la mienne. Et l'idée qui est la mienne, je l'ai formulée il y a longtemps (…), c'est la coresponsabilité. Nous sommes dans des responsabilités différentes coresponsables de l'avenir du pays. » (François Bayrou, le 23 décembre 2024 sur BFMTV).



     

     
     


    Le gouvernement Bayrou a (enfin) été nommé ce lundi 23 décembre 2024 à 18 heures 45 (on pourra lire l'intégralité de sa composition ici). Longue gestation, mais moins longue que le gouvernement Barnier, dix jours au lieu de quinze jours. Au contraire de Michel Barnier qui a fait nommer quarante et un ministres inconnus et un ministre médiatique (Bruno Retailleau), François Bayrou a voulu mettre des pointures.

    Qui dit pointures dit personnalités d'expérience. Ainsi, on ne pourra pas s'étonner qu'il y ait des "revenants" puisque pour être pointure, il faut avoir été. Et cet objectif-là a été rempli, avec un défi, pouvoir diriger l'orchestre sans fausse note.


    Le nouveau gouvernement comporte quatre ministres d'État. Déjà, un petit mot sur les ministres d'État : ce sont des "grands" ministres, des sortes de numéros deux, c'est des ministres avec un rang honorifique. François Bayrou en a choisit quatre, c'est beaucoup mais il y a eu plus. François Mitterrand en usait et en abusait, cinq dès 1981, représentant chaque tendance du PS. Il y avait même, à l'époque, Nicole Questiaux aux Affaires sociales, qui n'est finalement pas sortie de son anonymat (qui a fêté son 94e anniversaire jeudi dernier). Jacques Chirac, pendant la première cohabitation, avec fait de son (à l'époque) fidèle Édouard Balladur son unique ministre d'État, une sorte de Vice-Premier Ministre.

    Mais le modèle de François Bayrou en la matière est certainement le gouvernement du même Balladur, formé le 29 mars 1993 : ce dernier avait choisi de nommer tous les chefs de parti de la majorité, pour les mouiller et avoir une certaine discipline gouvernementale. Quatre ministres d'État étaient nommés pour représenter les différentes sensibilités, en n'oubliant personne : Simone Veil (indépendante) à la Santé, Charles Pasqua (RPR) à l'Intérieur, Pierre Méhaignerie (UDF-CDS) à a Justice et François Léotard (UDF-PR) à la Défense. Puis Alain Juppé aux Affaires étrangères, François Bayrou (dont c'était la première participation à un gouvernement, il y a trente et un ans) à l'Éducation nationale, etc. Que des pointures politiques !


    Et c'est le cas aussi pour le gouvernement Bayrou. Quatre ministres d'État, dont deux anciens Premiers Ministres : Élisabeth Borne à l'Éducation nationale, à l'Enseignement supérieur et à la Recherche ; Manuel Valls aux Outre-mer ; Gérald Darmanin à la Justice ; et Bruno Retailleau à l'Intérieur. De ces quatre grands ministres, Bruno Retailleau est le moins expérimenté.

     

     
     


    Plusieurs remarques sur ces quatre ministres. Ce n'est pas nouveau, sous la Cinquième République, qu'un ancien Premier Ministre soit nommé à un ministère après avoir dirigé un gouvernement, mais c'est nouveau d'avoir deux anciens Premiers Ministres ! Quand on cherche des pointures, la parité homme/femme s'effondre : pour les cinq premiers membres du gouvernement, Premier Ministre compris, une seule femme. La parité du gouvernement, globalement, est respectée, mais pas pour les ministres d'État.

    En outre, Gérald Darmanin était plutôt attendu aux Affaires étrangères. François Bayrou avait proposé la Justice à Xavier Bertrand. Cela ne s'est pas fait. Pour l'impétrant, il s'est agi d'obéir au RN qui refusait toute idée d'avoir Xavier Bertrand à la Justice (croyant à tort que l'ennemi intime de Marine Le Pen aurait alors une influence sur le verdict des juges le 31 mars 2025 dans l'affaire qui va risquer sa carrière politique, mais c'est mal comprendre le fonctionnement de la justice puisque François Bayrou lui-même, Ministre de la Justice, loin d'influer sur le cours de la justice, a dû quitter son ministère pour une affaire dont il a été finalement relaxé). Pour François Bayrou, c'est la conception de la justice de Xavier Bertrand qui n'aurait pas collé (il l'avait reçu pour en discuter). On imagine qu'avec Xavier Bertrand à la Justice et Gérald Darmanin aux Affaires étrangères, il y aurait eu cinq ministres d'État.

    Ou avec Laurent Wauquiez à l'Économie et aux Finances (il aurait été certainement ministre d'État), mais ce dernier n'a pas eu le courage de sortir de sa zone de confort pour agir dans l'intérêt des Français.

    Élisabeth Borne a travaillé avec Lionel Jospin, mais il serait bien sûr inadéquat de dire qu'elle représenterait ici le PS, voire, plus généralement, la gauche. Élisabeth Borne ne s'est construite politiquement que dans le sillage du Président Emmanuel Macron. Elle ne peut représenter que le macronisme, donc le bloc central.


     

     
     


    En revanche, ce n'est pas le cas des trois anciens membres éminents du parti socialistes qui font désormais partie du gouvernement Bayrou. Manuel Valls, ancien Premier Ministre de François Hollande, est une recrue de choix. On a parlé de trahison depuis longtemps. Il reste qu'il a marqué le dernier quinquennat socialiste et qu'il était même candidat à la primaire du PS en 2011 et en 2017, il était un proche collaborateur de Lionel Jospin (toujours lui) et a représenté un courant social-libéral et rocardien très présent au PS, bien que minoritaire. On sait que Manuel Valls avait abandonné la politique française pour Barcelone, puis qu'il est revenu. Le fait aujourd'hui de se mouiller est courageux. Il a toujours eu des positions d'autorité très claires, notamment sur l'antisémitisme, sur la sécurité, sur le respect des valeurs républicaines, sur la lutte contre l'extrême droite. Une véritable complicité politique s'est nouée entre François Bayrou et Manuel Valls en 2012, mais insuffisante pour casser les frontières du PS. On peut ajouter que donner à un ancien Premier Ministre, au troisième rang gouvernemental, le portefeuille des Outre-mer, c'est aussi montrer que les Outre-mer sont une priorité, pour corriger le tir après la maladresse de ne pas être allé à Mayotte immédiatement après la catastrophe.

    Deux autres socialistes sont aussi importants, toujours dans la planète François Hollande : François Rebsamen, à l'Aménagement du territoire et la Décentralisation (avec quatre sous-ministres, donc poste très important !), a été le Ministre du Travail de François Hollande, mais surtout, le numéro deux du PS quand le numéro un s'appelait François Hollande. L'ancien maire de Dijon connaît bien François Bayrou car dans sa municipalité, le MoDem a fait partie de sa majorité dès 2008. Quant à Juliette Méadel, énarque proche de Laurent Fabius et de Ségolène Royal, elle fut porte-parole du PS d'août 2014 à décembre 2016, puis Secrétaire d'État chargée de l'aide aux victimes (en particulier du terrorisme) du 11 février 2016 au 10 mai 2017. Certes, elle s'est éloignée du PS (et s'est éloignée de la politique pour travailler à la Cour des Comptes), mais son engagement au sein du PS n'était pas "léger". Elle est nommée Ministre déléguée à la Ville.

    Ces trois anciennes gloires du parti socialiste n'ont donc rien à voir avec Didier Migaud qui est parti aussi discrètement qu'il n'est venu (ce qui n'est pas gentil de la part des médias), car Didier Migaud était déjà loin du PS dès 2010, lorsqu'il a été nommé à la tête de la Cour des Comptes.

    Regardons à l'histoire politique de la France. J'ai écrit que le modèle de François Bayrou est le gouvernement Balladur (1993-1995). On peut aussi voir l'analogie avec deux gouvernements de la Troisième République.

    Le premier est le gouvernement constitué juste après les émeutes meurtrières du 6 février 1934 : on a recherché un ancien Président de la République de sa retraite, Gaston Doumergue (70 ans), et il a formé un gouvernement d'union nationale avec deux ministres d'État anciens Présidents du Conseil, un radical (gauche) Édouard Herriot et un républicain modéré (centre droit) André Tardieu. Dans ce gouvernement, il y avait de grosses pointures : Philippe Pétain, Louis Barthou, Pierre Laval, Albert Sarraut, Henri Queuille, Pierre-Étienne Flandin et Louis Marin.

    Le second, en remontant encore plus loin, est le gouvernement le plus stable de la Troisième République, trois ans, celui dirigé par Pierre Waldeck-Rousseau, du 22 juin 1899 au 3 juin 1902. La montée de l'extrême droite consécutive aux passions suscitées par l'affaire Dreyfus a rendu obligatoire un gouvernement qui rassemblait de la gauche socialiste à la droite modérée. Pour cela, Pierre Waldeck-Rousseau a nommé à la fois le général Gaston de Galliffet, appelé par certains le "massacreur de la Commune", et son opposé, un transfuge du parti socialiste français, Alexandre Millerand (qui fut exclu de son parti pour avoir participé à un gouvernement "bourgeois"). On retrouve ici les transfuges de gauche considérés comme traîtres par leur ancien parti. Dans ce gouvernement, on y trouvait aussi Joseph Caillaux, l'inventeur de l'impôt sur les revenus, Théophile Delcassé, Ernest Monis et Georges Leygues.

    La grande différence entre ces deux gouvernements et celui de François Bayrou, c'est qu'ils bénéficiaient, même provisoirement, d'une majorité parfois courte, à la Chambre des députés. Le gouvernement Waldeck-Rousseau bénéficiait ainsi d'un soutien de 262 députés sur 499, et le second gouvernement Doumergue de 456 députés sur 607. Le gouvernement Balladur a été sans doute le mieux servi de l'histoire avec un soutien durable de 492 députés sur 577. Le gouvernement Bayrou, en revanche, ne bénéficierait, actuellement, que du soutien positif de 210 députés sur 577. Peut-être plus avec le groupe LIOT.


    Revenons à sa composition. Plusieurs ministres restent en place dans leur ministère, comme Sébastien Lecornu, Jean-Noël Barrot, Rachida Dati, Agnès Pannier-Runacher, Annie Genevard, Valérie Létard, Astrid Panosyan-Bouvet, Benjamin Haddad, Marc Ferracci, Thani Mohamed Soilihi (l'unique ministre mahorais, personnellement touché par la catastrophe à Mayotte), ou retrouvent leur ministère d'avant gouvernement Barnier, comme Catherine Vautrin, Aurore Bergé et Patricia Mirallès. Ce gouvernement a duré neuf mois, du 8 février 1934 au 8 novembre 1934.

     

     
     


    Trois nouveaux ministres de plein exercice font leur entrée.

    Éric Lombard, un "technicien", à l'Économie et aux Finances, pour rassurer les marchés : HEC, ancien patron de Generalli France de 2013 à 2017, il était le directeur général de la Caisse des dépôts et consignation depuis le 8 décembre 2017. Mais il présente aussi l'avantage de bien connaître la politique pour avoir fréquenté les cabinets ministériels des gouvernements de gauche pendant le second septennat de François Mitterrand dans les années 1990, en particulier auprès des ministres Louis Le Pensec et Michel Sapin, le Ministre de l'Économie de François Hollande dans les années 2010. Très grands, crâne d'œuf à l'allure quasi-giscardienne, Éric Lombard a été membre des Gracques, ces hauts fonctionnaires anonymes du parti socialiste qui avaient appelé à voter pour François Bayrou en 2007 dans une alliance PS-UDF (parmi les membres des Gracques, on peut aussi y voir Jean-Pierre Jouyet, François Villeroy de Galhau, l'actuel gouverneur de la Banque de France, pressenti lui aussi pour Bercy, Matthieu Pigasse, Denis Olivennes, ...et même un certain Emmanuel Macron). Certains imaginent d'ailleurs que le successeur d'Éric Lombard à la Caisse des dépôts et consignation, pourrait être le Secrétaire Général de l'Élysée Alexis Kohler, ce qui pourrait être perçu comme une sorte de désertion d'un Titanic élyséen (beaucoup de secrétaires généraux de l'Élysée ont dirigé cette Caisse). Éric Lombard supervise désormais la ministre déléguée chargée du Budget (plus exactement des Comptes publics), Amélie de Montchalin, qui est, elle aussi, une "revenante".

    Laurent Marcangeli fait aussi son entrée au gouvernement à la Fonction publique. Il est depuis 2022 le président du groupe Horizons à l'Assemblée Nationale, il a été le maire d'Ajaccio de 2014 à 2022 et il a été élu pour la première fois député à l'âge de 31 ans, en juin 2012. La troisième nouvelle ministre "plein" est Marie Barsacq, aux Sports, à la Jeunesse et à la Vie associative, pour son expérience dans les associations et organisations sportives ; ses dernières responsabilités furent pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2024, elle était la directrice de l'impact et de l'héritage au comité d'organisation.


     

     
     


    Parmi les ministres délégués, on peut citer l'arrivée de Yannick Neuder (LR), député-cardiologue du Centre-Isère, à la Santé, de Véronique Louwagie (LR) au Commerce, tandis que Laurent Saint-Martin (et pas Laurent de Saint-Martin comme certains journalistes le disent), recasé du Budget au Commerce extérieur et Français de l'étranger.

    Comme je l'ai expliqué précédemment, la composition d'un gouvernement ne peut soulever les passions car elle n'est rien en elle-même, seuls les actes comptent. Le PS a beau jeu d'affirmer que ce gouvernement serait d'extrême droite (avec Manuel Valls, François Rebsamen et Juliette Méadel, c'est un peu fort de café, Olivier Faure a abusé de substances hallucinogènes ou quoi ?), et il suffit d'aller voir ce qu'en pensent les hiérarques du RN pour se donner un avis complémentaire.

     

     
     


    La vérité, c'est que le PS n'a pas eu le courage politique de participer au redressement national. François Bayrou leur avait réservé un tiers des ministères, c'était très généreux, et chacun dans son ministère aurait pu faire avancer ses idées. Il n'y a pas de lignes rouges qui comptent quand on travaille pour l'intérêt national. Il y a d'abord des compromis, des décisions communes sur des sujets qui suscitent beaucoup d'attente chez les Français, en particulier sur le pouvoir d'achat et sur le logement. Le PS, une fois encore, a raté son train de responsabilité.

    Invité de BFMTV ce lundi soir, François Bayrou a tenté d'expliquer pourquoi il était certain qu'il saurait trouver les compromis pour lui permettre une stabilité gouvernementale. Après avoir lâché : « On ne va pas se jeter la censure à la figure ! », il a précisé ses intentions sur l'article 49 alinéa 3 de la Constitution : « Je n'utiliserais le 49-3 qu'à la dernière extrémité sur le budget. Je vais expliquer pourquoi. (…) Si on ne vote pas le budget, la Constitution ne laisse que deux issues au terme des débats. La première de ces issues, c'est le 49-3. C'est-à-dire, on dit à l'Assemblée Nationale : le gouvernement est engagé sur ce texte, et si vous votez contre, eh bien, vous emportez le gouvernement. C'est ce que l'on vient de vivre. Et il y a une deuxième issue proposée par la Constitution, c'est les ordonnances. C'est-à-dire, vous ne votez pas le budget, c'est moi le gouvernement qui vais décider tout seul. Et je pense qu'il vaut mieux utiliser, si le climat s'y prête et je ne m'engage, sur le budget, à rien, il vaut mieux utiliser le débat parlementaire plutôt que de faire des ordonnances. (…) Pour les autres textes, je n'ai pas l'intention d'utiliser le 49-3. (…) Pour les autres textes, j'ai l'intention d'aller au bout des débats. Il se trouve que je suis quelqu'un qui aime la démocratie parlementaire. Je suis de ce grand courant qui aime la démocratie au Parlement. Pourquoi ? Parce que les conflits qui s'opposent au Parlement, ce n'est pas des conflits qui éclatent dans la rue. Et donc, je suis pour que le Parlement fasse son travail, et qu'on le respecte. (…) Le Parlement, je veux qu'il aille au bout des débats. On lui proposera des textes, il votera pour, il votera contre. Et s'il vote contre, Assemblée Nationale et Sénat, eh bien on continuera avec les textes qu'il y avait avant. Je ne comprends pas pourquoi on veut transformer tout en psychodrame. Vous voyez bien (…), les Français... (…) La démocratie parlementaire, pourquoi est-ce qu'on est dans ces hurlements perpétuels ? Pourquoi est-ce qu'on se trouve avec des injures, des cris ? ».

    Dans cette longue interview, le Premier Ministre paraissait à l'aise dans son rôle de chef d'orchestre. Il n'a plus qu'à distribuer la partition à ses musicien. Ce sera le 14 janvier 2025 à 15 heures, dans l'hémicycle. Son premier conseil des ministres aura lieu le 3 janvier 2025 à 10 heures. Ce temps de trêve des confiseurs sera mis à profit dans la préparation de sa déclaration de politique générale. François Bayrou l'a attendu des années. Il ne devra pas à la rater. Au-delà de sa petite personne, c'est la France qu'il ne faut pas rater.


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (23 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Gouvernement Bayrou : un choc d'autorité ?
    Composition du Gouvernement François Bayrou I nommé le 23 décembre 2024.
    Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou.
    La méthode Bayrou réussira-t-elle ?
    Terre de désolation.
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
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    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241223-gouvernement-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gouvernement-bayrou-un-choc-d-258313

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/23/article-sr-20241223-gouvernement-bayrou.html


     

  • Le difficile accouchement du gouvernement Bayrou

    « C'était une nature... Un ancien modèle... Je l'ai su plus tard... C'est un genre qui me plaisait bien. » (Céline dans "Mort à crédit", 1936).



     

     
     


    Comme maintenant on peut en avoir l'habitude, la formation du gouvernement Bayrou ne se fait pas de manière très facile (ni rapide). Je ne sais pas quand il sera (définitivement) nommé, probablement ce lundi (déclaré jour de deuil national pour Mayotte), mardi en dernière limite, veille de Noël, mais on peut déjà prévoir le message général des commentateurs, éditocrates et dénigreurs de service après le décret de nomination : tout ça pour ça ! Eh oui, la nomination d'un gouvernement, même si elle est faite par le Père Noël à quelques heures de Noël, n'a jamais rien de magique et ne résout pas grand-chose en elle-même, bien sûr.

    De toute façon, à cause de l'irresponsabilité de tous les partis et groupes parlementaires qui, décidément, ne sont pas à la hauteur tant de cette Assemblée éclatée exceptionnelle que des enjeux nationaux (dette publique, guerre en Ukraine, transition écologique), on préfère la posture à la responsabilité.

    À l'origine, François Bayrou souhaitait un gouvernement tripartite : LR, bloc central et PS (et alliés). Le PS a refusé alors qu'il préjugeait de la politique qui sera suivie par François Bayrou. Le PS a surtout eu peur de son ombre, car tonton Mélenchon a rouspété un peu trop fort ces temps-ci. Pourtant, François Bayrou est sincère quand il veut faire gouverner une grande coalition : il a assez de stature et d'expérience pour tenir tête à Emmanuel Macron et faire une politique qui unit et pas qui divise.

     

     
     


    Ces derniers temps, le monde médiatico-politique a utilisé des expressions particulièrement horribles : "lignes rouges", "bougé", "feuille de route", "accord de non-censure", etc.

    François Bayrou refuse le principe des lignes rouges : comment trois individus peuvent se mettre d'accord s'ils disent, avant tout, tout ce qui les sépare ? Le nouveau Premier Ministre veut au contraire chercher ce qui les unit, et il y a pas mal de choses, mine de rien, qui permettraient à la France d'avancer. J'en cite quelques-uns urgents : une loi pour renforcer l'aide à Mayotte, une loi pour aider les agriculteurs, une loi pour mieux combattre les narcotrafiquants, une relance de la politique du logement, secteur sinistré depuis 2012.


    Bien sûr, l'urgence suprême est le vote de la loi de finances pour 2025, ce qui ne sera pas une mince affaire. D'où l'importance de la personne qui s'en occupera. Et on aurait pu imaginer Bernard Cazeneuve qui aurait été à la fois responsable et compétent (il a été Ministre du Budget). Le problème, c'est que Bernard Cazeneuve, loin d'être un saint, se positionne lui aussi pour l'élection présidentielle de 2027, si bien que pour lui, c'est Matignon ou rien, l'autre version de aut caesar aut nihil ! On a aussi proposé ce poste à Laurent Wauquiez mais pas question qu'il se salisse les mains, trop occupées à façonner 2027 !

    C'est dommage, car cela aurait mis ces responsables politiques devant leurs responsabilités. Et l'idée (c'est la mienne !) de nommer à Bercy Charles de Courson, l'actuel rapporteur général du budget, le premier dans l'opposition, ne serait pas inadaptée car c'est un anti-macroniste notoire (en plus d'avoir fréquenté pendant plusieurs décennies le même parti que le Premier Ministre, à savoir le CDS).

    Alors que ce même Laurent Wauquiez demande à François Bayrou une "feuille de route" (écrite si possible pour Édouard Philippe, on voit le niveau de confiance qui règne), le "bougé" de la troïka socialiste, les pieds nickelés du PS (Olivier Faure, Boris Vallaud et Patrick Kanner) n'a accouché de rien du tout, le PS a rougi de son audace et est rentré à la maison mère (la nouvelle farce populaire) honteusement, trop content de se faire manipuler par le gourou insoumis.


     

     
     


    Ainsi, le risque d'être accusé de traître à la gauche, d'être exclu du PS, de devenir un pestiféré a fait renoncer beaucoup de monde à tenter le compromis en participant au gouvernement Bayrou, comme Carole Delga, Stéphane Le Foll, Marisol Touraine, etc. Seul François Rebsamen, un hollandiste de la première heure, semble s'écarter du droit chemin du NFP. Laurent Berger aussi aurait été approché et aurait refusé. Bref, à gauche, c'est courage, fuyons ! Ne resterait plus que Ségolène Royal... et pourquoi pas ? Cela aurait de la gueule, elle a recueilli plus de 16 millions de voix en 2007, elle, au moins, représente (vraiment) beaucoup d'électeurs de gauche, et ils ne sont pas si nombreux que ça !

    À droite et au centre, ce n'est pas non plus un long fleuve tranquille. Il semblerait que François Bayrou souhaiterait nommer Xavier Bertrand à la Justice, mais le RN dégaine immédiatement, la haine personnelle de Marine Le Pen est-elle plus forte que les enjeux de la nation ? Piètre patriotisme. Aux Affaires étrangères, un choix cornélien entre le sortant Jean-Noël Barrot (du MoDem), et Gérald Darmanin qui ronge son frein, devrait être arbitré à l'Élysée. Quant à Élisabeth Borne, elle irait dans le secteur prioritaire de l'Éducation nationale.


     

     
     


    La seule chose à peu près sûre, c'est le maintien de Bruno Retailleau à l'Intérieur, Rachida Dati à la Culture, et (probablement) d'Annie Genevard à l'Agriculture où elle semble appréciée.

    Il faut bien comprendre que pour les journalistes et les experts en gouvernementologie, c'est un exercice épuisant que ces changements de gouvernement : il faut être sur le pont matin midi et soir, et voici que les non-vacances de Noël se profilent. Et cela tous les trimestres. Les députés doivent vraiment y aller mollo avec la censure, il y va de la santé mentale de nos journalistes politiques, il faut les ménager, ce n'est pas vrai qu'on puisse parler des heures et des heures pour ne rien dire sans avoir à la longue des conséquences fâcheuses pour sa santé mentale.

    Il y a, dans cette valse des portefeuilles ministériels, un petit air de Quatrième République, celle-là même que certains voudraient nous ramener de force avec leur stupide Sixième République (rappelons que la Cinquième a été approuvée très largement par le peuple français). Mais la faute, pour une fois, n'est pas à Emmanuel Macron. La faute est d'abord aux électeurs qui ont choisi ces 577 députés (ce n'est pas vraiment une faute, c'est la démocratie, mais Emmanuel Macron n'est pas responsable du vote des électeurs), et ensuite, la faute à ces 577 députés incapables de s'entendre pour constituer une majorité. Pour cela, il n'y a ni besoin de Président de la République ni de Premier Ministre, sortant, censuré ou nouvellement nommé. Il suffit que 289 députés se réunissent (il y a plein de grandes salles à l'Assemblée) et se mettent d'accord ensemble. Rien à voir avec ce NFP qui voulait imposer Lucie Castets alors qu'il n'était même pas capable d'imposer André Chassaigne au perchoir.


     

     
     


    C'est une mission quasi-impossible car ni le PS ni LR ne veulent agir de bonne volonté. Au moins, LR a pris ses responsabilités, mais ce n'est pas le cas du PS. Ces députés socialistes irresponsables qui ont mélangé leurs votes avec l'extrême droite et l'extrême gauche n'ont plus aucune leçon de morale à donner à Emmanuel Macron. Ils sont restés dans la posture politicienne aux dépens du bien-être des Français et on voit bien que lorsqu'on les prend au mot, ce qu'a fait François Bayrou, ils reculent. Il faut quand même être gogos pour en arriver à dire, le 19 décembre 2024 : « Nous n'avons pas trouvé de raison de ne pas le censurer. » (Olivier Faure, mais aussi Marine Tondelier). Et l'intérêt national, ce n'est pas une raison ?

    La question reste la même qu'avec Michel Barnier : qui veut l'échec du gouvernement Bayrou ? Certainement pas ceux qui pensent à l'intérêt national et aux Français, les patriotes qui voient bien que la nation est en danger et qu'elle pourrait être bientôt gouvernée par des extrémismes et des populismes. Le pire n'est jamais sûr. François Bayrou avait donné son objectif d'avoir un budget dans deux mois : « J'espère qu'on peut l'avoir à la mi-février. Je ne suis pas sûr d'y arriver. ». Laissez-lui au moins le courage d'essayer !



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    Sylvain Rakotoarison (22 décembre 2024)
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    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.
     

     
     





    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241222-gouvernement-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-difficile-accouchement-du-258299

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/22/article-sr-20241222-gouvernement-bayrou.html


     

  • La méthode Bayrou réussira-t-elle ?

    « Vous demandez (…) où je me situe dans la crise que le pays traverse. Je l’ai dit et je le répète : aucun des sujets que vous avez énumérés ne sera mis de côté, aucun ne sera exclu de l’action du gouvernement. J’espère, comme vous, que nous participerons tous à la mise au point des réponses. Ma méthode, c’est celle-là. » (François Bayrou, le 17 décembre 2024 dans l'hémicycle).




     

     
     


    C'était la réponse du nouveau Premier Ministre, François Bayrou, au président du groupe socialiste Boris Vallaud, groupe essentiel pour le chef du gouvernement, lors de la très insolite séance de questions au gouvernement à l'Assemblée Nationale le mardi 17 décembre 2024. Faute de nomination encore, François Bayrou était le gouvernement à lui seul, cela faisait penser un peu à Lucien Grandgarçon dans l'excellente bande dessinée "Monsieur le Ministre" de Christian Binet, personnage devenu ministre de tout, personne ne voulant les ministères à problèmes (qu'ils sont tous).

    Le groupe socialiste est en effet essentiel, crucial même, pour le nouveau gouvernement si celui-ci ne veut pas se retrouver, comme le gouvernement Barnier, à la merci du RN. Car il faut voir clair : si les députés socialistes n'avaient pas mêlé d'une manière totalement irresponsable leurs voix à celles des insoumis et de l'extrême droite le 4 décembre 2024, la motion de censure n'aurait pas été adoptée et le pays aurait été "moins en crise", avec au moins un budget pour 2025.

    En cas d'absence de bienveillante non-censure, François Bayrou, avec la mauvaise volonté des uns (socialistes, écologistes) et des autres (LR), risque bien de se retrouver dans la même situation que Michel Barnier.


     

     
     


    Répondant aux questions des députés, François Bayrou a bien entendu évoqué la catastrophe à Mayotte (il l'a redit deux jours plus tard à la télévision, il n'y a pas eu en France de catastrophe aussi dévastatrice depuis l'éruption de la Montagne Pelée en Martinique le 23 avril 1902 où 30 000 personnes ont perdu la vie). On a pu ressentir son sentimentalisme à plusieurs occasions, notamment pour Mayotte où il a rappelé la mémoire de vieux amis : « Je garde en mémoire le visage de ceux qui se sont battus pour que Mayotte soit française et devienne un département. Plusieurs d’entre eux étaient mes amis et mes aînés, Marcel Henry, Henry Jean-Baptiste, pour ne parler que des personnalités de la fin du siècle précédent. Ces hommes considéraient que la vocation de Mayotte était d’être le visage de la France dans la région. Ils ont fait confiance à la France et nous devons prouver qu’ils ont eu raison, à présent que Mayotte est confrontée à l’une des pires tragédies possibles. ».

     

     
     


    S'il a obtenu Matignon tant convoité depuis 2007 et surtout depuis 2017, c'est probablement au pire moment institutionnel de la Cinquième République : à trois jours de Noël, pas de budget, une Assemblée éclatée en trois blocs fortement antagonistes, une situation des finances publiques déplorable avec une dette de 112% du PIB et un déficit de 6,1% du PIB. Pas étonnant qu'en prenant ses fonctions, il ait parlé d'être au pied de l'Himalaya. Mais il n'est pas un magicien.

    À l'évidence, François Bayrou n'est pas l'homme providentiel. Il a ses limites et il pourrait bien montrer ce qu'est un artisan par rapport à un grand groupe international. Ou alors ce qu'est une petite voiture diesel (je n'ose pas écrire un tracteur !) par rapport à un SUV électrique. On l'a appelé à Matignon au pire moment, j'écris "on" car finalement, même si les conditions de sa désignation étaient assez rocambolesques, le fait que le Président Emmanuel Macron l'a nommé constitue une évolution sensible du cours de ce second quinquennat.


     

     
     


    L'analogie avec une voiture diesel est pertinente en ce sens que la locomotive Bayrou est assez longue à démarrer. Il faut d'abord bien la chauffer. La polémique sur son déplacement à Pau au lieu de Mayotte était assez stérile et très politicienne. J'ai évoqué cette maladresse (car c'en est une) mais qui ne devrait pas avoir de conséquence sur les secours : le fait d'assister à un conseil interministériel de crise par visioconférence ne change rien à l'affaire, aux secours apportés aux Mahorais, et le fait de rester en métropole le temps de déterminer la composition du gouvernement n'est pas absurde. Il a choisi ses priorités, et l'absence de gouvernement peut aussi avoir un impact sur l'aide pour Mayotte et la préparation d'une future loi pour la reconstruction de Mayotte.

    Il n'y a pas que cette maladresse. François Bayrou n'a plus été au gouvernement depuis juin 1997, sauf quelques semaines au printemps 2017. Depuis une trentaine d'années, il a soutenu le rythme qu'il s'est lui-même choisi, parfois très soutenu pendant ses campagnes présidentielles, mais souvenons-nous qu'en mars 2007, alors que sa campagne montait énormément en puissance, il a eu un petit coup de mou. Le poste de Premier Ministre est sans doute celui en France qui a l'emploi du temps le plus fou. Cela plus le fait qu'il est quand même septuagénaire, ce n'est pas comme il y a cinquante ans, mais il y a quand même une part de fatigue supplémentaire, font que François Bayrou doit gérer mille priorités à la seconde et que c'est épuisant. Il doit donc lui-même trouver une vitesse de croissance. Pour l'instant, il se focalise sur la formation du gouvernement et il n'a pas tort.

     

     
     


    Quelle est la méthode Bayrou ? C'est de se réunir autour d'une table et de déterminer ce qui unit et pas ce qui divise. C'est pour cela que le Premier Ministre s'agace lorsqu'on lui parle de "lignes rouges". Ça ne sert à rien de tenter de se rassembler si c'est pour parler de ce qui fâche. Ceux qui en parlent en priorité n'ont rien de sincères lorsqu'ils prétendent vouloir être constructifs.

     

     
     


    François Bayrou a consulté les partis politiques individuellement lundi, mardi et mercredi. Jeudi 19 décembre 2024, il a réuni, ensemble, ceux des partis politiques susceptibles de s'entendre, c'est-à-dire tous les partis représentés à l'Assemblée exceptés FI et le RN, mais il a bien insisté qu'il continuerait les contacts avec ces deux partis, qu'eux-mêmes avaient exclu toute idée de coopération.

    Il leur a donné un jour pour savoir ce qu'ils comptent faire. François Bayrou a donné beaucoup de gages d'ouverture mais pour le PS et EELV, cela ne compterait pas.

    Passons d'abord rapidement avec Les Républicains. Leur blocage est assez étonnant. Bruno Retailleau se plaît au Ministère de l'Intérieur et François Bayrou veut le garder à ce poste régalien majeur : « Je pense que M. Retailleau a montré ces dernières semaines et derniers mois qu'il avait trouvé des décisions et des orientations qui répondaient à une partie de ce que l'opinion demande. ». Alors, qu'est-ce qui cloche chez LR ? Probablement cette question très personnelle : Laurent Wauquiez intégrera-t-il le prochain gouvernement ? Lâchement, il avait refusé pour le gouvernement Barnier, mais François Bayrou tient à ce que les chefs de parti ne soient pas hors jeu pour éviter les sabotages internes.

     

     
     


    Tout en précisant bien qu'un Premier Ministre ne devait pas commenter une décision de justice, François Bayrou a aussi eu une petite pensée amicale pour Nicolas Sarkozy qui a été condamné définitivement à un an de prison ferme la veille : « J'ai affronté Nicolas Sarkozy durement dans ma vie, et quand j'ai appris ce verdict, ça m'a fait peine pour lui, ça m'a fait peine pour les siens. Et je sais ce que c'est que de se trouver devant l'appareil de la justice et ce sentiment-là, je ne l'efface pas. ». C'était aussi une réponse à l'entourage de Nicolas Sarkozy qui avait affirmé que, contrairement aux rumeurs, l'ancien Président de la République n'avait pas du tout fait de campagne souterraine pour empêcher la nomination du maire de Pau à Matignon.

    Venons ensuite à la gauche républicaine. Elle se situe résolument dans l'opposition, mais contrairement à l'époque Barnier (pourtant pas si lointaine), elle semblerait devenir plus responsable avec la stabilité du pays (pressée aussi par les forces vives, les partenaires sociaux ayant fait un appel à la responsabilité).


    Que veut cette gauche de gouvernement ? S'invitant sur France 2 dans l'émission "L'événement" ce jeudi 19 décembre 2024, François Bayrou leur a donné deux ouvertures majeures.
     

     
     


    La première sur la réforme des retraites. Il a refusé la suspension de celle-ci (comme la gauche le demandait) car si on suspendait, on n'y reviendrait plus (« parce que, quand on suspend, évidemment, on ne reprend jamais »). Et en plus, les mesures avantageuses pour les petites retraites seraient alors supprimées. Il a souhaité la tenue d'une conférence sociale avec, autour de la table, le gouvernement, les groupes parlementaires et les partenaires sociaux. À l'écoute de l'écologiste complètement agitée Marine Tondelier sur BFMTV dans la soirée, on a compris qu'elle n'avait rien écouté de ce que proposait le Premier Ministre, à Matignon ou à la télévision. C'est pourtant une ouverture majeure, que François Bayrou a dû initier à l'arraché contre la volonté présidentielle. Modifier tout ce qui mériterait d'être modifié dans la réforme des retraites : les carrières longues, les femmes, etc.

     

     
     


    L'autre ouverture, c'est qu'il ne compte pas utiliser l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, sauf en cas de blocage majeur, cela concerne le budget, car il faut bien en faire un (il compte le finaliser au milieu du mois de février 2025, ce qui est très ambitieux) : « Je n'utiliserai pas le 49 al. 3, sauf s'il y a blocage absolu sur le budget (…). Je souhaite le plus de dialogue possible. Et sur les autres textes, je n'utiliserai pas le 49 al. 3, sauf catastrophe. ».

    Ces deux mesures étaient des demandes répétées de cette gauche qui se retrouve ainsi, aujourd'hui, devant ses responsabilités. C'est clair que la sincérité des positions de cette gauche depuis le 4 décembre 2024 s'effondrerait totalement si elle comptait malgré tout voter la censure du gouvernement. Ce serait la preuve que ses positions ne seraient que des postures politiciennes, exactement comme Marine Le Pen et son groupe RN lorsqu'il a fallu expliquer pourquoi ils allaient censurer le gouvernement Barnier alors que les trois quarts de leurs revendications avaient obtenu l'accord du Premier Ministre.

     

     
     


    Sur France 2, François Bayrou a aussi rendu hommage au grand courage de Gisèle Pélicot, la multivictime des viols de Mazan, qu'il a remercié pour son souci de transparence.

    L'insoumise enragée Mathilde Panot promet que le gouvernement Bayrou ne passera pas l'hiver. François Bayrou devra faire preuve de beaucoup de doigté et de diplomatie pour arriver à ce que la France soit (enfin) gouvernée. Encore faut-il que la classe politique le veuille bien ! Les Français observent et seront très sévères contre les irresponsables. C'est cette bataille de "l'opinion publique" que veut gagner François Bayrou avec ses deux ouvertures. C'est la seule qui compte, puisque tous ses interlocuteurs restent bloqués sur des considérations simplement électoralistes. On peut être sûr qu'il y a au moins un responsable politique, lui, François Bayrou, qui se préoccupe de l'intérêt national. Et même deux !



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    Sylvain Rakotoarison (19 décembre 2024)
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    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.











    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241219-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-methode-bayrou-reussira-t-elle-258254

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/19/article-sr-20241219-bayrou.html




     

  • Terre de désolation

    « Le bilan humain, encore très provisoire et difficile à établir, s’annonce particulièrement lourd. Nous pensons aujourd’hui à chacune des victimes, à leurs familles, à tous ceux qui sont dans l’angoisse et sans nouvelles de leurs proches. Des villages entiers ont été anéantis, des milliers de foyers ont perdu leur toit et des infrastructures essentielles ont été gravement endommagées, rendant souvent impossible l’accès à l’eau, à l’électricité ou aux soins. Mayotte est aujourd’hui dévastée. » (Yaël Braun-Pivet, le 16 décembre 2024 dans l'hémicycle).



     

     
     


    Une minute de silence ce lundi 16 décembre 2024, au début de l'unique séance publique qui s'est tenue à l'Assemblée Nationale depuis l'adoption de la motion de censure contre le gouvernement Barnier, proposée par Yaël Braun-Pivet, la Présidente de l'Assemblée Nationale. Toute la Nation est sidérée par ce qui se passe chez nos compatriotes mahorais.

    En effet, l'île de Mayotte a été complètement dévastée par le passage du cyclone Chido ce samedi 14 décembre 2024. 70% des 320 000 habitants de ce département français, le plus pauvre de France, ont été touchés durement. Les premiers bilans, qui font état de 22 victimes tuées et 1 400 blessés, ne traduisent pas l'horreur de cette nouvelle terre de désolation : les victimes, probablement, se compteraient plutôt par centaines, voire par milliers.

    Mayotte a une superficie si petite que la probabilité pour qu'un cyclone dévastateur telle que celui-là passe sur l'île est extrêmement faible. Mais pas nulle. Il n'y avait pas eu à Mayotte un tel événement climatique depuis 1934. Des vents de 226 kilomètres par heure, de la forte pluie, de la grande houle sur les côtes. Ce sont les courants chauds qui ont renforcé la brutalité du cyclone. Toutefois, le lien entre l'incroyable force de ce cyclone et le réchauffement climatique n'est pas, à cette heure, encore bien établi même s'il semble prévisible que des événements aussi violents seront de plus en plus fréquents à l'avenir.


    Avant le cyclone, le territoire était déjà dans une situation très difficile, l'unique hôpital, l'eau potable qui manque, le manque de médecins, les risques d'épidémie récurrents (le dernier cas de choléra le 12 juin dernier). Après le cyclone, tout a été détruit par la force des éléments. L'aéroport n'est plus praticable, autrement qu'en plein jour en raison de la destruction de la tour de contrôle, ce qui empêche l'arrivée massive des avions de secours et de sécurité. Plus grave encore, l'hôpital est détruit alors qu'il y a urgence sanitaire.
     

     
     


    Ce qui a été sans doute le plus grave, ce sont les bidonvilles, ces logements précaires composés de tôles qui ont été totalement détruits. 20 000 personnes, principalement des étrangers en situation irrégulière, y habitaient et seulement 5 000 d'entre eux ont rejoint des refuges en dur selon les recommandations des autorités. Une rumeur a même couru que c'était un piège pour expulser les étrangers clandestins et beaucoup, à cause de cela, n'ont pas osé quitter leur logement. Mortelle rumeur. Les logements en dur ont été aussi fortement touchés.

    Les vues d'avion de l'île sont apocalyptiques. On évoque déjà plus d'un milliard d'euros de dégâts matériels, mais le plus urgent est de retrouver les personnes blessées coincées sous les gravats, la boue, et de trouver de quoi fournir suffisamment d'eau potable et de nourriture. Absence d'électricité, des réseaux de communication pour beaucoup de monde. Risque de crise sanitaire, de famine. L'horreur totale.

    J'exprime bien sûr toute ma compassion pour les Mahorais et encourage vivement à leur venir en aide d'une manière ou d'une autre (d'abord par des dons). Certains évoquent les dons pour reconstruire Notre-Dame de Paris et disent : il faut maintenant reconstruire Mayotte ! Mais avant tout, il faut mettre tout en œuvre pour secourir les personnes en danger de mort, les disparues comme les retrouvées.





    Face à cette catastrophe humanitaire durable, des considérations politiques semblent aujourd'hui misérables, et pourtant, on ne peut pas s'empêcher de voir la réaction des uns et des autres face au drame. Une telle crise humanitaire est exceptionnelle et vient s'entrechoquer à la crise gouvernementale.

    La palme de la honte sera probablement attribuée à Jean-Luc Mélenchon qui n'a pas eu un mot de compassion pour les Mahorais pour tomber dans son dénigrement politicien habituel. Dès le 14 décembre 2024, le papy sniper a tiré à vue sur Twitter, reprochant au gouvernement (démissionnaire) de ne pas avoir stoppé le cyclone et de n'avoir rien prévu pour le stopper.

     

     
     


    La députée de la première circonscription de Mayotte, Estelle Youssouffa (du groupe LIOT), en a été franchement écœurée le 15 décembre 2024 : « Mayotte n'a même pas encore compté ses morts que les charognes sont déjà à l'œuvre... Honte à vous Jean-Luc Mélenchon qui n'avez pas un mot de compassion sincère pour la population mais seulement la bave du rapace avide de pouvoir. ».

    La veille déjà, elle avait rappelé l'amendement des insoumis du 18 janvier 2024 sur le projet d'accélération et simplification de la rénovation de l'habitat dégradé qui refusait la destruction des habitations insalubres : « Comme si un cyclone n'est pas suffisant, Mayotte doit aussi subir l'hypocrisie de Jean-Luc Melenchon et LFI qui s'étaient opposés à la destruction des bidonvilles qui sont aujourd'hui des cimetières. En défendant les habitats insalubres, vous avez creusé des tombes. ».
     

     
     
     
     



    L'opération Wuambushu, déclenchée à partir du 24 avril 2023 et pendant plusieurs semaines, avait pour but d'expulser les étrangers en situation irrégulière, de détruire les bidonvilles et lutter contre la criminalité à Mayotte. Mais ce fut un échec. À l'époque, Jean-Luc Mélenchon et sa clique d'excités insoumis s'étaient violemment opposés à la destruction des bidonvilles. Or, aujourd'hui, force est de reconnaître que les pouvoirs publics avaient raison de vouloir les détruire. Le cyclone aurait eu moins de conséquences sur les vies humaines si l'opération avait été réussie.
     

     
     


    Il est des situations où la fermeté sur l'immigration clandestine renforce aussi la sécurité et la protection des personnes concernées. Avoir voulu les maintenir dans des bidonvilles était une mauvaise idée. Faute de logements salubres, les expulsions étaient la seule solution humaine au problème humain qu'était cette forte immigration illégale.

    En revanche, la personnalité politique qui s'est bien démenée depuis dimanche est sans contestation le Ministre de l'Intérieur démissionnaire Bruno Retailleau qui, en déplacement sur l'île lundi avec le Ministre des Outre-mer François-Noël Buffet, a semblé en état de sidération face à un territoire si totalement dévasté. Il a rappelé que l'État avait anticipé les conséquences du cyclone et qu'une réunion de crise avait été tenue le vendredi 13 décembre 2024 dans la matinée pour activer les systèmes d'alerte.
     

     
     


    Quant au Premier Ministre François Bayrou, qui a présidé la première cellule de crise au Ministère de l'Intérieur, il doit former le nouveau gouvernement, il était en pleine consultation pour les deux premiers jours de la semaine. Mais on lui reprochera de ne pas avoir annulé et reporté le conseil municipal de Pau du lundi 16 décembre 2024, qu'il a présidé après avoir assisté en visioconférence à la réunion de crise présidée par Emmanuel Macron (qui a annoncé qu'il se rendrait sur l'île et décréterait un deuil national), mais surtout de ne pas s'être déplacé immédiatement à Mayotte pour exprimer aux Mahorais la solidarité de toute la Nation.
     

     
     


    Bien sûr que le déplacement d'officiels sur les lieux de catastrophe crée plus de problème de sécurité qu'autre chose, mais la population a besoin aussi de sentir qu'elle n'est pas abandonnée par les autorités. La solidarité nationale doit s'incarner et le chef du gouvernement y a toute sa place. On lui reprochera longtemps cette maladresse qui pourrait être perçue comme une absence de considération, c'est dommage.

    Ce n'est pas l'heure des comptes, encore, car les urgences humanitaires doivent focaliser toutes les énergies, mais il est certain que l'État n'a pas investi suffisamment à Mayotte pour offrir à ses habitants le même mode de vie que dans les autres départements français. Rappelons que les Mahorais avaient souhaité, par référendum du 8 février 1976, à plus de 99,4% des voix avec 83,3% de participation, au contraire des autres îles des Comores, se maintenir au sein de la République française et que celle-ci ne pouvait qu'accepter cette volonté manifeste de Mayotte. Les Mahorais ont approuvé aussi par référendum du 29 mars 2009, la départementalisation de Mayotte, à plus de 95,2% des voix avec 61,4% de participation.


    Je reviendrai dans un autre article, plus tard, sur un rapport parlementaire publié récemment qui, justement, pointait du doigt les risques à Mayotte en cas de catastrophe météorologique majeure. Hélas, peut-être qu'il n'a pas été assez lu...


    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (16 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    Terre de désolation.
    Séismes en Afghanistan : "plus de 1 000 victimes" près d'Hérat.
    Inondations en Libye : la ville de Derna dévastée.
    Séisme au Maroc.
    Fukushima, dix ans après.
    Apocalypse à la Toussaint ?
    Haïti, cauchemars et espoirs.
    Erika (12 décembre 1999).
    Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).
    Le tremblement de terre à Haïti (12 janvier 2010).
    L'incendie de Notre-Dame de Paris (15 avril 2019).
    Le syndrome de Hiroshima.
    Amoco Cadiz (16 mars 1978).
    Tchernobyl (1986).
    AZF (21 septembre 2001).
    Fukushima (11 mars 2011).

     

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241214-mayotte-chido.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/terre-de-desolation-258185

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/15/article-sr-20241214-mayotte-chido.html



     

  • La folle histoire de la nomination de François Bayrou

    « La politique ne peut pas se réduire à un champ de manœuvres, dans une sorte d’entre-soi d’où les citoyens sont exclus. » (Michel Barnier, le 13 décembre 2024 à Matignon).




     

     
     


    Folle et éprouvant histoire. Après le montagnard Michel Barnier, voici le montagnard François Bayrou installé à Matignon ce vendredi 13 décembre 2024. La mission du nouveau Premier Ministre reste toujours impossible depuis le 7 juillet 2024, dès lors qu'aucune majorité constructive n'est capable de se former pour gouverner la France. Impossible ou, du moins, périlleuse, car François Bayrou croit aux miracles. Il doit avoir au moins un regret, celui que son indispensable Marielle de Sarnez ne fût plus là pour vivre ces moments mémorables.

    Il a reçu dès le soir de son installation le Ministre de l'Intérieur démissionnaire, l'influent Bruno Retailleau, ancien président du groupe LR au Sénat, puis, ce samedi 14 décembre 2024, il a reçu, l'un après l'autre, le Premier Président de la Cour des Comptes Pierre Moscovici (ancien ministre socialiste), le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet, enfin le Président du Sénat Gérard Larcher. D'autres consultions sont prévues dans son agenda, avec les chefs de groupes parlementaires et de partis.

    La composition du gouvernement Barnier a été très longue à venir, seize jours en septembre. François Bayrou espère que la composition du sien ira plus vite car il y a des échéances. La première échéance est le début des vacances de Noël, et après le vendredi 20 décembre 2024, les Français ne seront plus réceptifs aux événements politiques avant le Nouvel An. Et puis, il y a cette loi spéciale, adoptée en commission le 12 décembre 2024, qui est examinée le lundi 16 décembre 2024 en séance publique. Ce sera étonnant qu'une telle loi, urgente pour percevoir les impôts et faire des emprunts, soit discutée avec des ministres démissionnaires et un Premier Ministre nouvellement désigné.

    Il faut revenir sur les conditions de la nomination de François Bayrou à Matignon. Tout indique que la matinée du 13 décembre 2024 fut rude. Elle le fut pour le principal intéressé, François Bayrou, ce qui a été une première épreuve du feu qui vaut mille diplômes de forte personnalité. Mais elle le fut aussi pour les journalistes, tous mobilisés depuis la veille pour pronostiquer puis commenter la nomination du nouveau Premier Ministre. Au cours de la matinée, beaucoup se sont discrédités par leurs contacts "bien informés" et leurs "sources propres" en distillant des confidences qu'ils croyaient définitives, au point qu'on ne peut que penser au fameux sketch de Coluche sur les personnes bien informées.

    François Bayrou est véritablement un miraculé ! Les Pyrénées ont remplacé les Alpes à Matignon, mais dans tous les cas, le locataire des lieux est un dur à cuire. En fait de chaîne de montagnes, c'est plutôt l'Himalaya au pied duquel il se trouverait, un « Himalaya de difficultés ». "Le Monde" est revenu sur les conditions de nomination de François Bayrou, alors qu'il avait malencontreusement annoncé avec assurance la non-nomination de François Bayrou. Dans un article publié le samedi 14 décembre 2024, les journalistes Claire Gatinois et Nathalie Segaunes ont précisé la chronologie de cette folle matinée.

     

     
     


    Selon elles, le Président de la République avait fixé son choix : cela devait être Sébastien Lecornu. Pourquoi ? Pour justement ce que l'opposition de gauche reproche à Emmanuel Macron : pour que le Président puisse reprendre la main après avoir été éloigné des affaires pendant le gouvernement Barnier. À l'évidence, cette idée était complètement absurde dans le cadre d'une Assemblée comme celle qu'on a aujourd'hui. Cela aurait été une provocation frontale inutile qui pouvait avoir de fâcheuses conséquences pour les institutions et même pour lui-même. Comment peut-on avoir aussi peu le sens politique que lui ?

    Vers 9 heures du matin, ce vendredi, Michel Barnier a fait installer dans la cour de Matignon tapis rouge et micros, mais sans savoir à qui il ferait la passation des pouvoirs. Le tapis rouge est donc resté toute la journée puisque la passation a eu lieu à 17 heures.


    Entre-temps, c'était très éprouvant pour certains acteurs politiques. Un coup de téléphone à 5 heures du matin d'Emmanuel Macron à François Bayrou pour dire qu'il ne serait pas nommé Premier Ministre, puis, une rencontre à l'Élysée à 8 heures du matin, qui a duré près de deux heures. En ce début de matinée, pour les éditorialistes matinaux, c'était clair : François Bayrou allait être nommé Premier Ministre. Logique d'être reçu par le Président de la République, et longuement, pour envisager la composition du gouvernement et ses orientations politiques.

    Mais des petits détails ont vite choqué les journalistes de la télévision d'information continue : par exemple, François Bayrou n'est pas sorti officiellement de l'Élysée, mais par une porte "dérobée", sans image, sans déclaration, discrètement. Puis, c'était l'attente, une longue attente. Incompréhensible alors que tout était en principe fixé. Le communiqué devait être publié avant midi. Le tapis rouge s'inquiétait et s'ennuyait. Les horloges s'excitaient.

    Puis, des journalistes ont réussi à capter l'image de François Bayrou, rentrant à son bureau de Haut Commissaire au Plan : il faisait froid, François Bayrou, sans sourire mais sans tristesse non plus, a conseillé aux journalistes présents de ne pas rester là « se geler » et il expliquait : « ça ne servirait à rien ». La grande porte s'est refermée. Cette petite phrase était la confirmation de rumeurs qui parcouraient déjà le tout Paris : François Bayrou ne serait finalement pas nommé. On comprendra plus tard qu'il y a eu beaucoup de gens prétendument bien informés qui n'avaient aucune information fiable. Sans compter les manipulateurs.

    D'après l'article du "Monde", François Bayrou aurait expliqué à Emmanuel Macron pourquoi ce serait une erreur de nommer Sébastien Lecornu, considéré comme un courtisan. Cette nomination rendrait le Président très « vulnérable ». Au contraire, pour François Bayrou qui s'est préparé depuis longtemps à la fonction, il s'agit justement de gouverner au centre, afin de construire des compromis dans cette Chambre ingouvernable. Le président du MoDem était très en colère et a tenté surtout de persuader le Président qu'il faisait fausse route : il perdrait certainement dans une confrontation aussi brutale que douteuse, puisqu'il ne bénéficie plus de majorité à l'Assemblée.

    Et le dernier argument a pu faire pencher la balance : « La discussion entre les deux hommes, tendue, dure près de deux heures. Pour la première fois depuis 2017, François Bayrou menace de rompre, assuré que son parti suivra. "Je vous ai rejoint pour faire de grandes choses, pas de petites choses, lance-t-il à l’hôte de l’Élysée. Donc c’est très simple : si vous ne me nommez pas, je retire mes billes". ».

    Le retrait du MoDem, un peu moins d'une quarantaine de députés, serait un sérieux coup porté contre le bloc central et rendrait inopérant l'argument crucial que le "socle commun" (bloc central et LR) est appelé à gouverner car il est numériquement plus fort que la nouvelle farce populaire (NFP).

    La fin du premier entretien n'a donc pas été conclusif : « "Je réfléchis encore, et je vous tiens au courant", lui répond Emmanuel Macron. Le Béarnais s’éclipse par une porte dérobée, rue de l'Élysée, afin d’éviter les caméras postées devant le palais. Il a brûlé ses vaisseaux, se retrouvant dans la rue sans aucune certitude. ». Emmanuel Macron a alors sondé ses proches. Le nom de Roland Lescure est apparu, puis vite abandonné.


    Mais l'incertitude n'a pas duré trop longtemps : « Emmanuel Macron rappelle le centriste quinze minutes après son départ, et lui demande de revenir à l’Élysée à 11 heures 30. Sa décision est prise : François Bayrou occupera Matignon. "C’est un homme qui en impose", ironise-t-on au palais, laissant entendre que l’agrégé de lettres classiques aurait forcé la main du chef de l’État. "François a une force de persuasion et des convictions. Certains disent des 'coups de colère'…", commente Erwan Balanant, député (MoDem) du Finistère. Une lecture de cet incroyable retournement qui plaît aux amis du désormais Premier Ministre. En s’imposant au chef de l’État, François Bayrou a "affirmé d’emblée son autonomie, car il est désormais de notoriété publique que le Président n’en voulait pas", affirme un intime du maire de Pau. De quoi permettre au Premier Ministre de ne pas être seulement perçu comme l’homme du Président, dans l’opinion. ».
     

     
     


    Pour aller dans le même sens que cette narration, l'éditorialiste Alain Duhamel avait affirmé dès la veille que si François Bayrou n'était pas nommé cette fois-ci, il ferait un "carnage" ! On voit bien ici la grande différence avec Michel Barnier : ce dernier n'avait aucun contrôle sur le groupe LR à l'Assemblée, tenu d'une main de fer par Laurent Wauquiez. Au contraire, François Bayrou maîtrise totalement les positions du groupe MoDem à l'Assemblée.

    Cette histoire est très étonnante. L'indécision, l'hésitation ont été réelles et récurrentes. Ce flottement a été en fait perçu dès avril 2022 : que faire de son second mandat alors qu'il a été réélu sans véritable campagne électorale en pleine guerre en Ukraine et Présidence française de l'Europe ?

    Un Premier Ministre qui va imposer sa nomination au Président de la République, c'est une attitude peu gaullienne, mais elle n'est pas la première et a déjà été adoptée par ...un supposé gaulliste. En effet, Dominique de Villepin l'a fait aussi après l'échec du référendum sur le TCE en mai 2005, imposant sa nomination au Président Jacques Chirac qui avait pourtant choisi, selon "Le Monde", sa ministre Michèle Alliot-Marie.

    Bien avant sa nomination, François Bayrou avait confié à des journalistes son point de vue sur la formation du gouvernement : « Ces négociations de partis, où chacun a ses lignes rouges, c’est pour moi inimaginable, ça ne peut pas marcher. ». Le principe des lignes rouges, c'est la censure assurée, puisque les uns vont faire d'une mesure leur ligne rouge et les autres, la mesure contraire leur ligne rouge à eux. Cela enferme le gouvernement nécessairement dans une impossibilité conceptuelle.

    C'est pourquoi l'arrivée de François Bayrou est un signal très différent d'une nomination Lecornu. La gauche tend à tout amalgamer en prétendant que François Bayrou serait un "homme" du Président : comme je l'ai expliqué précédemment, il n'est pas un "bébé Macron" mais un "papa Macron". François Bayrou ne doit rien à Emmanuel Macron ; en revanche, la réciproque est fausse. De plus, François Bayrou a toujours exprimé ses désaccords le cas échéant devant le Président de la République. Librement.

    Parmi les personnes heureuses de la nomination de François Bayrou, l'écologiste Daniel Cohn-Bendit qui, dès le 10 août 2024, avait adressé une lettre ouverte au Président de la République pour cette nomination, en concluant : « Macron n’est plus à la barre et Bayrou sera un Premier Ministre libre. ». On se dit que Dany le Vert n'est pas rancunier quand on se souvient de la campagne des élections européennes de juin 2009 où François Bayrou l'avait particulièrement taclé le 4 juin 2009 dans un débat télévisé. Autre temps, autre mœurs.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (14 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    La folle histoire de la nomination de François Bayrou.
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    La polémique entre Maurice Druon et François Bayrou en juillet 2004.
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
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    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
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    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
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    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.

     
     




    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241214-bayrou.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-folle-histoire-de-la-nomination-258176

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/14/article-sr-20241214-bayrou.html


     

  • François Bayrou, le papa Macron !

    « Je viens de milieux sociaux et de villages qui n’ont pas la chance d’être protégés, favorisés. Je trouve que notre devoir de citoyen, de père de famille, notre devoir de républicain, c’est que nous soyons obsédés pour rendre des chances à ceux qui n’en ont pas. C’est pour moi un devoir sacré. » (François Bayrou, le 13 décembre 2024 à Matignon).





     

     
     


    Ce texte ci-dessus est une formulation assez inattendue pour une allocution de prise de fonction à Matignon. L'origine modeste et paysanne de François Bayrou l'ont marqué au point qu'il voudrait donner sa chance à chaque Français qui le mérite et qui travaille. C'est aussi le dada du Président Emmanuel Macron formulé autrement, et finalement, c'est le rêve américain exprimé, fantasmé aux États-Unis : l'ouverture des possibles, le champ infini des possibles, la fin d'un fatalisme social, versus l'étiquetage, la réduction dans des cases dont on ne sortira pas de toute sa vie.

    Lorsque François Bayrou est arrivé à pied à Matignon, en traversant toute la cour pour atteindre le tapis rouge où l'attendait Michel Barnier, une étrange sérénité accompagnait ses pas. Un sourire, mais pas celui de l'arrivé, pas celui du consacré. C'est vrai, Matignon, il y pensait depuis 2007, et plus encore depuis 2017. Il pensait au sort injuste qui l'avait écarté du pouvoir à cause d'une affaire judiciaire dont il a été totalement blanchi... mais il lui a fallu attendre près de sept années.

    Sur son visage ne figurait pas ce sentiment de revanche, sociale (lorsqu'il a été ministre, c'était un peu difficile pour son entourage politique car, pour parodier Jacques Séguéla, si tu n'es pas ministre à 40 ans, c'est que tu as échoué dans la vie !), ni de revanche politique (Dieu sait comment il a été détesté, moqué, par des personnalités de droite, de gauche, par les journalistes qui, aujourd'hui, le plus sérieusement du monde, lui trouvent mille qualités). La marche d'un homme d'un certain âge, pas de celui qui part la conquête, mais de cette sérénité qui fait dire qu'il faisait déjà partie des meubles (c'est un peu vrai comme Haut Commissaire au plan), comme s'il avait toujours été Premier Ministre, qu'il ne s'en étonnait pas, comme c'était nécessairement inscrit dans l'histoire.

    Ce qui frappait aussi, dans ce même ordre d'idée, c'est qu'on ne sentait pas le vertige devant la fonction, comme beaucoup de ses prédécesseurs le montraient le premier jour dans cette cour. Il n'était pas intimidé par les responsabilités gigantesques qui l'attendent. Lui est trop sûr de son destin, et pourtant, il n'y a aussi qu'humilité, il sait qu'il a tout à perdre, pas grand-chose à gagner, avec peu de chance de réussite. Mais à son âge, c'est le moment ou jamais de donner le plus de lui-même. De montrer à quel point la France a besoin de l'art du compromis, a besoin de la méthode Bayrou. Fini de donner des leçons, le voici à l'œuvre, avec la difficile mission d'agir.


    Et pas question de faire du surplace, comme on le lui a souvent reproché à l'Éducation nationale. Pas question de ne pas s'occuper de tous les sujets importants, malgré l'absence de majorité : « Devant une situation d’une telle gravité, ma ligne de conduite sera de ne rien cacher, de ne rien négliger et de ne rien laisser de côté. (…) Je pense que nous avons le devoir, dans un moment aussi grave pour le pays, pour l’Europe et devant tous les risques de la planète, d’affronter les yeux ouverts, sans timidité, la situation qui est héritée de décennies entières. ».

    François Bayrou a donc trois priorités : la dette avec le budget 2025 à refaire (le thème de la dette est ancien chez François Bayrou ; dès 2002, il en parlait, comme il parlait de la réindustrialisation), l'école qui est essentielle pour structurer une nation, et ce qu'on pourrait dire l'ascension sociale ou l'égalité des chances. "Ceux qui ne sont rien" doivent pouvoir être hissés avec ceux qui ont réussi, les "premiers de cordée".

    Très sagement, François Bayrou ne s'est pas (encore ?) engagé à ne pas recourir à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, alors que les socialistes voudraient faire chanter le gouvernement en monnayant leur non-censure avec l'engagement de ne pas recourir à cet article de la Constitution qui engage la responsabilité du gouvernement sur un texte de loi. C'est sage car justement, cet outil constitutionnel, inspiré par les propositions continues de Jean Jaurès, Léon Blum et Guy Mollet, avait pour but de permettre au gouvernement de gouverner en l'absence de majorité à l'Assemblée, le cas aujourd'hui précisément. Et je ne vois pas comment les lois de finances pourraient être adoptées sans cet outil avec une Assemblée aussi émiettée.

    Dès les premiers mots de son allocution, François Bayrou a rappelé combien il connaissait Michel Barnier, il avait travaillé avec lui à la rénovation de la vie politique sous l'appellation des Douze Rénovateurs, au printemps 1989, avec François Fillon, Philippe Séguin, Dominique Baudis, Bernard Bosson, Michel Noir, Philippe de Villiers, Charles Millon, etc.


     

     
     


    Sur le plan historique, il a rappelé une coïncidence. Ce vendredi 13 est un jour de chance pour François Bayrou. C'est l'anniversaire de la naissance du roi Henri IV, "son" roi, celui qu'il a étudié, sur qui il a écrit des ouvrages, celui qui a voulu réconcilier les Français, celui qui a « fondé sa rencontre avec la France dans des temps aussi difficiles, plus difficiles que ceux que nous vivons aujourd’hui. (…) Si je peux, à mon tour, j’essaierai de servir cette réconciliation nécessaire et je pense que c’est là le seul chemin possible vers le succès. ». Henri IV, pour qui Paris vaut bien une messe (et qui a démarré la branche des Bourbons), est en effet né le 13 décembre 1553, pas un vendredi mais un dimanche, mais à Pau, dont François Bayrou est le maire depuis avril 2014. Du reste, à propos de messe, il était présent à la cérémonie de réouverture de Notre-Dame de Paris, le 7 décembre 2024, et il était joyeux, tout excité à l'idée de devenir Premier Ministre.

    Il aurait pu aussi rappeler une autre date, le trentième anniversaire de la mort de l'illustre Antoine Pinay, le 13 décembre 1994 à presque 103 ans. Antoine Pinay est devenu Président du Conseil assez âgé (mais plus jeune que François Bayrou : à 60 ans). Antoine Pinay a la particularité d'avoir sauvé le franc et les finances publiques. Raymond Poincaré, Antoine Pinay, Raymond Barre, Pierre Bérégovoy... voudrait-il, François Bayrou, compléter la liste avec son nom ?

    Restons en histoire. On a parlé de la situation historique, catastrophique, d'avoir en France quatre Premiers Ministres dans la seule année civile 2024 : Élisabeth Borne, Gabriel Attal, Michel Barnier et François Bayrou. Si Gabriel Attal a été installé par Emmanuel Macron et que la responsabilité de la démission du même provient aussi du Président de la République qui a décidé la dissolution de l'Assemblée, le renversement du gouvernement Barnier n'est pas du fait d'Emmanuel Macron mais de la censure votée par la collusion d'irresponsables, de l'extrême droite, de l'extrême gauche et de la gauche prétendument gouvernementale.

    En prenant sur une seule année civile, c'est évidemment biaiser, car Élisabeth Borne a supervisé le gouvernement sur trois années civiles (de 2022 à 2024) et finalement, la plupart des Premiers Ministres entre 2017 et 2024 ont eu une longévité tout à fait ordinaire d'un Premier Ministre sous la Cinquième République. Édouard Philippe est même classé au septième rang des Premiers Ministres les plus longs, bien au-delà de Michel Rocard, Jacques Chaban-Delmas, Édouard Balladur, etc.

    Si on veut regarder en arrière les exemples où quatre chefs de gouvernement (différents) se sont succédé dans la même année civile, eh bien, on dira que c'était rare sous la Quatrième République. Il n'y a eu que l'année 1946 qui a connu cela, une année de crise politique majeure qui a commencé par la démission de De Gaulle. En 1946, De Gaulle, donc, jusqu'au 20 janvier 1946, puis Félix Gouin du 26 janvier au 24 juin 1946, puis Georges Bidault du 24 juin au 28 novembre 1946, enfin Léon Blum à partir du 16 décembre 1946. On remonterait moins loin, en 1948, si on prenait quatre gouvernements qui s'y sont succédé, mais avec seulement trois Présidents du Conseil différents.

    Ensuite, il faut remonter à avant la guerre, sous la Troisième République, où c'était très courant. Il y a quatre-vingt-dix ans. En 1934 (année particulière de crises et d'émeutes) : Camille Chautemps, Édouard Daladier, Gaston Doumergue et Pierre-Étienne Flandin. En 1933 : Joseph Paul-Boncour, Édouard Daladier, Albert Sarraut et Camille Chautemps. En 1932 : Pierre Laval, André Tardieu, Édouard Herriot et Joseph Paul-Boncour. En 1930, on est dans la même situation qu'en 1948 : quatre gouvernements et trois chefs de gouvernement.


    Donc, oui, depuis quatre-vingt-dix ans, il ne s'est passé que deux années civiles avec autant d'instabilité gouvernementale. À qui la faute ? D'abord bien sûr au Président de la République qui aurait dû garder Élisabeth Borne jusqu'aux élections européennes de juin 2024, ce qui, après un échec désastreux, l'aurait amené à nommer Gabriel Attal juste après, au lieu de dissoudre. Mais la responsabilité est partagée car il y a aussi le peuple qui a offert à la France une Assemblée composée de trois blocs incompatibles de même force, sans majorité, et enfin, pour la censure du 4 décembre 2024, la responsabilité est entièrement portée par les députés censeurs. Notons d'ailleurs que l'adoption de la motion de censure a créé un choc psychologique et un malaise de sidération dans les groupes d'opposition comme la dissolution avait créé un malaise dans les groupes du socle commun.

     

     
     


    J'en viens à Michel Houellebecq. Dans son roman "Soumission", sorti chez Flammarion le 7 janvier 2015, le jour des attentats de "Charlie Hebdo" (il y a presque dix ans), l'auteur a proposé une anticipation politique originale : en 2022, un candidat énarque issu d'un parti musulman est élu Président de la République au second tour dans un duel face à l'extrême droite. François Bayrou est alors choisi pour Matignon à la tête d'un gouvernement rassemblant droite, centre et gauche gouvernementale. Le livre n'est pas très flatteur pour François Bayrou mais ce dernier peut se vanter de devenir un personnage de roman, qui plus est, pas très éloigné de la réalité, à deux ans près.

    Au fait, pourquoi mon titre ? Jean-Louis Bourlanges, ancien président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée et membre du MoDem, était l'invité de LCI le soir du 13 décembre 2024. Il a expliqué que jusqu'à maintenant, jusqu'à l'été 2024, tous les Premiers Ministres nommés par Emmanuel Macron étaient des "bébés Macron", c'est-à-dire qui n'avaient pas d'existence politique propre sans Emmanuel Macron. Or, avec la configuration impossible de l'Assemblée d'aujourd'hui, Emmanuel Macron a beaucoup hésité, il aurait pu nommer encore un "bébé Macron", comme Roland Lescure ou Sébastien Lecornu.

    Finalement, avec François Bayrou, il a nommé un "papa Macron", et c'est une grande différence : François Bayrou ne doit rien à Emmanuel Macron alors qu'Emmanuel Macron doit tout à François Bayrou, à commencer par son soutien décisif à l'élection présidentielle de 2017. Ceux qui, à gauche, pensent qu'avec François Bayrou, c'est continuer la politique d'Emmanuel Macron, sont dans le procès d'intention et dans l'erreur de discernement, c'est mal connaître François Bayrou dont la grande expérience d'élu local (député, président de conseil général, maire de grande ville) lui permet de "sentir" le pouls des Français, de les écouter, au contraire du Président de la République enfermé dans sa tour d'ivoire avec ses collaborateurs technocrates et ses idées originales.

    Les prochaines étapes, ce sont la désignation de son gouvernement qu'il voudrait surtout composé de grands politiques, et la déclaration de politique générale. Ce sera à ce moment-là, probablement après le Nouvel An, que les députés pourront être fixés sur les intentions du nouveau Premier Ministre et de sa volonté d'aborder les réformes avec un large consensus.



    Aussi sur le blog.

    Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2024)
    http://www.rakotoarison.eu


    Pour aller plus loin :
    François Bayrou, le papa Macron !
    Le tour de François Bayrou !
    Le paysage politique français postcensure.
    Motion de sangsue : les conséquences économiques désastreuses de la censure.
    Philippe Vigier défend les Français face au renoncement national.
    Laurent Wauquiez met en garde contre l'instabilité institutionnelle.
    Emmanuel Macron face à ses choix.
    Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 décembre 2024 (texte intégral).
    La motion RNFP : Chassez le naturel, il revient au chaos !
    L'émotion de censure de Michel Barnier.
    La collusion des irresponsables.
    Gouvernement Barnier : les yeux du monde rivés sur la France.
    Risque de censure : Non, le RN n'est pas l'arbitre des élégances !
    Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 21 novembre 2024 à la Porte de Versailles (vidéo et texte intégral).
    Michel Barnier sur les pas de Pierre Mendès France.
    Discours du Premier Ministre Michel Barnier le 15 novembre 2024 à Angers (vidéo et texte intégral).
    PLF 2025 : la majorité de rejet !
    Michel Barnier : déjà deux mois !
    François Guizot à Matignon ?
    5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
    Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
    Doliprane : l'impéritie politique.
    Proche-Orient : l'incompréhension de Roger Karoutchi.
    Motion de censure : le quart d'heure de gloire d'Olivier Faure.
    Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
    Claude Malhuret : du vol des élections aux chefs d'escadrille...
    Les 3 lignes rouges de Marine Le Pen pour ne pas censurer le gouvernement Barnier.
    La quadrature du cercle de Michel Barnier.







    https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241213-bayrou-matignon.html

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-le-papa-macron-258148

    http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/13/article-sr-20241213-bayrou-matignon.html